La rentrée littéraire ou le journal du séducteur

Difficile pour un « blog » qui se prétend intéressé par la littérature de ne pas parler en cette « saison » de la « rentrée littéraire ».On peut comprendre la nécessité de cet exercice annuel dont la finalité est sans doute plus commerciale que purement artistique. On peut comprendre aussi que les éditeurs et les écrivains aient besoin de lecteurs/acheteurs. C’est bien la moindre des choses.

« L’instant » ne va pas cependant se prendre pour ce qu’il n’est pas (en tout cas je vais tenter de ne pas me prendre pour ce que je ne suis pas, critique littéraire, écrivain ou les deux à la fois comme c’est souvent le cas désormais) et faire quelques recommandations parmi les six-cent et quelques parutions du mois de septembre que je n’ai évidemment pas lues.

Avant de finir cet article par un double souvenir/évocation de Tahiti, pays rêvé autant que pays réel, deux choses cependant :gauguinpaulduedonneatahiti2408553.jpg

Tout d’abord parmi les publications de cette fameuse « rentrée » il y en a une qui est, pour moi, une véritable promesse. Il s’agit du livre de Pascal Quignard « La barque silencieuse » (Le Seuil 18 €). Et une autre aussi, sans doute, avec le livre d’Alain Finkielkraut « Le cœur intelligent » (Stock/Flammarion 20 €).

Ensuite, on peut, à contresens de la « rentrée », comme le disait il y a quelques jours dans une conférence radiodiffusée, Michel Onfray, faire ce que Nietzsche recommandait, c’est-à-dire « ruminer ». Ruminer c’est relire. Relire c’est fraterniser avec les classiques, les auteurs et les livres déjà lus ou avec ceux du passé que l’on peut encore découvrir.

Alors, et sans prétention aucune voici deux suggestions (et rien de plus) qui me semblent hors des sentiers. Hors ceux de la « rentrée » de toute évidence, hors ceux des plus courantes lectures des livres d’autrefois :

Tout d’abord, « Le journal du séducteur » de Søren Kierkegaard (1813 – 1855) (Folio essais 5,23 €)

 fretratokierkegaard3.jpg Soren Kierkegaard

 On dirait aujourd’hui sans doute qu’il s’agit d’une autofiction. Elle est due à un jeune philosophe qui avait tout juste trente ans en 1843. Peut-être à cause d’un patronyme rébarbatif il passe pour une sorte de rabat-joie difficile à lire et encore plus à comprendre. Il est vrai qu’il a notamment écrit « Le concept d’angoisse » ou « Le traité du désespoir » ! Deux « programmes » pas vraiment réjouissants et propres à la rigolade. Pourtant Kierkegaard qui me semble être l’un des plus grands penseurs de tous les temps, l’un de ceux qui comme Nietzsche et à peu près au même moment que lui, se sont opposés à Hegel et au hégélianisme alors régnant. Il l’a fait de façon ironique, parfois très drôle (il avait sans doute beaucoup plus que Nietzsche le sens de l’humour ce qui n’est pas difficile, je le reconnais) et il écrivait souvent de façon fulgurante. Son « Post-scriptum aux miettes philosophiques » est ainsi une sorte « d’alter-ego » du « Gai savoir », ouvrage décisif de la pensée « contemporaine ».

« Le journal du séducteur » n’a, quant à lui, rien d’un livre de philosophie, rien non plus d’un roman philosophique ou moral, encore moins sentencieux. Il est seulement un livre brillant, œuvre cependant « philosophique », existentielle, sans le démontrer, sans même le montrer. (Il a été, sauf erreur, adapté deux fois au cinéma).

Et puis, un « Journal » qui commence par cette citation empruntée au livret de Da Ponte pour le magnifique « Don Giovanni » de Mozart : « Sua passion’ predominante / e la giovin principante » peut-il être vraiment mauvais ?

Notons au passage que la lecture enjouée du « Journal du séducteur » complètera celle de l’excellent numéro de septembre du « Magazine littéraire » qui nous propose, sous la plume d’Alexis Lacroix, un article intitulé « Je pense, donc j’écris » à ces philosophes qui s’intéressent à la littérature (à la fiction, au roman…). (Voir ci-contre le « lien » avec le site de cette revue). Elle viendra également en contre-point à l’éditorial de Joseph Macé-Scaron l’excellent directeur de la rédaction du « Magazine », éditorial qui fait référence à notre philosophe danois (Søren Kierkegaard, évidemment).

C’est ce que « L’instant » tente aussi de faire à sa manière, que de rapprocher philosophie et littérature. Et pas seulement ; l’écriture n’étant qu’une modalité de la création.

 

La rentrée littéraire ou la mémoire perdue

Toutefois, pour celles et pour ceux qui ne voudraient pas aborder le navire kierkegaardien, fut-ce par une œuvre littéraire, « L’instant » propose un autre petit livre, drôle, ironique, critique. Il s’agit d’un livre de Victor Segalen (1878-1919)

segalentahiti1903.jpg Victor Segalen à Tahiti

intitulé « Les immémoriaux » (Livre de poche 5,50 €). Il a été publié le 24 septembre  1907(Segalen avait donc à peu près le même âge que notre Søren du « Journal ») à un moment où l’on ne parlait pas encore vraiment de « rentrée » littéraire. Cela se passe à Tahiti. Et l’on y découvre en s’amusant beaucoup que c’est sans doute de l’essentiel que la mémoire a été perdue. Peut-être parce que l’essentiel, par principe nous avons tendance à l’oublier, à ne pas le voir…On peut s’amuser, sourire et même rire tout en disant des choses … essentielles.

 467pxpaulgauguin145.jpg

On pourrait sans doute aussi bien lire et relire « Noa, Noa » (Ecrits d’artistes 4,75 €) de Paul Gauguin qui fut le peintre le plus musicien de tous les temps.

Tout cela ferait une rentrée littéraire à 15,48 € (prix Fnac)! et un peu plus de 50 € si l’on ajoute dans un irrépréssible mouvement de générosité pour le présent et l’actualité les deux autres livres cités (Pascal Quignard et Alain Finkielkraut) ce qui n’est pas un mauvais substitut à plus de 600 autres ouvrages. Parmi lesquels, quelques merveilles, n’en doutons pas.



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