Une lecture: « La barque silencieuse » de Pascal Quignard

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« La barque silencieuse » c’est le dernier livre de Pascal Quignard, déjà cité dans le précédent article consacré à la « rentrée littéraire ».

Au chapitre XXII, Pascal Quignard écrit: « Dans la littérature quelque chose résonne de l’autre monde. Quelque chose se transemt du secret. »

On peut, avant de lire ce livre singulier, avec le lequel il faut passer, non pas du temps, mais un peu (ou toute) notre vie en découvrir quelques lignes, quelques extraits, dans le document ci-après. On n’y perdra rien. Pas de temps, certes. Ni de force. On y trouvera sans doute de l’énergie, de l’espoir, du désir.

Une lecture:  la barque silencieuse extraits 



Au retour…

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Au retour

Le temps échappé des nuits

L’air tremblant de ces jours

L’oiseau envolé disparu à l’horizon

Comme une naissance du soir

                                                                             Elle revenait du sommeil d’autrefois

                                                                             Vers des désirs et des bonheurs sans limites

                                                                             Cachée loin de tout au cœur du ciel

                                                                             Dans la forêt violente dévorée

Par un feu qui annonçait

L’irrémédiable chant

Des terreurs enfuies

Des pluies fertiles et insatiables

                                                                              Elle marchait vers la source 

                                                                              La lumière de son corps

                                                                              Ses gestes apaisés

                                                                              La sérénité demeure 

                                                                                                                   

Michel Arcens     août-septembre 2009

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La « rentrée musicale », une alternative.

Une alternative à la rentrée littéraire c’est la rentrée musicale. akikoyamamoto.jpg Akiko Yamamoto

Dénicher quelques bons disques (ou quelques bons téléchargements…ou même quelques écoutes gratuites en ligne) et vivre quelques instants musicaux et toutes les émotions qui vont avec c’est aussi important que les bonnes lectures qui s’offrent à nous. Assurément. (On pourrait même se demander ce que serait une lecture qui ne serait pas « musicale »! Mais cela, ça serait évidemment une autre histoire…)

 Bien plus que dans le domaine de la forêt encore vierge des livres de ce mois-ci, « L’instant » a fait une petite sélection un peu dans tous les genres musicaux (rien ne dit d’ailleurs que les musiques du monde, le rock et l’alternative pour ne pas parler de la musique contemporaine ne trouvent pas bientôt leur place ici).

Une sélection n’est pas une classification, une hiérarchisation. C’est en partie le hasard qui a guidé la recherche. Celle-ci s’est donc arrêtée sur ses « coups de coeur » sans vouloir explorer de façon analytique et encore moins exhaustive tout ce qui pouvait se présenter à nous depuis quelques jours.

Dans le désordre voici donc quelques promesses annoncées!

Brahms tout d’abord, par le Quatuor Ebène et la pianiste Akiko Yamamoto

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Il s’agit d’une très belle interprétation du quatuor n°1 en Cm op 51 et du quintette avec piano en Fm op 34: d’où la présence autour du jeune quatuor français de la pianiste japonaise Akiko Yamamoto (un CD Virgin en écoute gratuite sur spotify ou musicme par exemple)

yamamoto.gifAkiko Yamamoto

Vivaldi en deuxième lieu: les « gloria » RV 588 et 589 par le Concerto italiano de Ronaldo Allessandrini avec Sara Mingardo, contralto

mingardo1.jpg (un disque Naïve dont on peut écouter des extraits -des plages entières- sur l’excellent site de l’éditeur www.naive.fr )

Anne Gastinel, la violoncelliste dans un récital de musique espagnole (Granados, de Falla, Cassado) en troisième lieu. Elle y est en duo avec le guitariste Pablo Marquez. Ca s’appelle « Ibéria » et à ce jour c’est à paraître chez Naïve le 22 septembre.

gastinel4.jpg (dès maintenant des plages entières à l’écoute sur le site naïve)gastinel.jpg

Sur le label ECM on peut sans peine dénicher trois bijoux:

* Un disque avec l’altiste Kim Kashkashian 

ecm2.jpg  et aussi le Münchener Kammerorchester dirigé par Alexander Liebreich, leBoston modern orchestra project, Neharot Neharot, Betty Olivero…musiques d’Argentine, d’Espagne, rencontres israéliennes et arméniennes. Un beau programme.

* Un disque du très beau pianiste (on parle de sa musique, évidemment) américain Steve Khun, musicien intimiste et raffiné, inspiré par Bill Evans.

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Il est accompagné par le bassiste  David Fink et le batteur Joey Barron (l’un des meilleurs!). Comme il s’agit d’un « Mostly Coltrane » qui renvoit bien sûr aux thèmes favoris du saxophoniste mais aussi à Sonny Rollins, Steve Kuhn est également accompagné de l’un des plus certains « coltraniens » de tous, Joe Lovano.

* Toujours chez ECM signalons aussi un disque du pianiste italien Stefano Bollani « Store in water ».

ecm.jpg   Il est accompagné par Jasper Bodiben et Morten Lund. Stefano est l’un des meilleurs de son jeune temps.

Pour conclure, signalons que la Cité de la Musique à Paris présentera du 16 octobre au 17 janvier 2010 une exposition intitulée « We want Miles » wewantmiles.jpgà l’occasion du cinquantième anniversaire de « Kind of Blue » dont « L’instant » s’est déjà fait l’écho dans un précédent article.

 

 

 



La rentrée littéraire ou le journal du séducteur

Difficile pour un « blog » qui se prétend intéressé par la littérature de ne pas parler en cette « saison » de la « rentrée littéraire ».On peut comprendre la nécessité de cet exercice annuel dont la finalité est sans doute plus commerciale que purement artistique. On peut comprendre aussi que les éditeurs et les écrivains aient besoin de lecteurs/acheteurs. C’est bien la moindre des choses.

« L’instant » ne va pas cependant se prendre pour ce qu’il n’est pas (en tout cas je vais tenter de ne pas me prendre pour ce que je ne suis pas, critique littéraire, écrivain ou les deux à la fois comme c’est souvent le cas désormais) et faire quelques recommandations parmi les six-cent et quelques parutions du mois de septembre que je n’ai évidemment pas lues.

Avant de finir cet article par un double souvenir/évocation de Tahiti, pays rêvé autant que pays réel, deux choses cependant :gauguinpaulduedonneatahiti2408553.jpg

Tout d’abord parmi les publications de cette fameuse « rentrée » il y en a une qui est, pour moi, une véritable promesse. Il s’agit du livre de Pascal Quignard « La barque silencieuse » (Le Seuil 18 €). Et une autre aussi, sans doute, avec le livre d’Alain Finkielkraut « Le cœur intelligent » (Stock/Flammarion 20 €).

Ensuite, on peut, à contresens de la « rentrée », comme le disait il y a quelques jours dans une conférence radiodiffusée, Michel Onfray, faire ce que Nietzsche recommandait, c’est-à-dire « ruminer ». Ruminer c’est relire. Relire c’est fraterniser avec les classiques, les auteurs et les livres déjà lus ou avec ceux du passé que l’on peut encore découvrir.

Alors, et sans prétention aucune voici deux suggestions (et rien de plus) qui me semblent hors des sentiers. Hors ceux de la « rentrée » de toute évidence, hors ceux des plus courantes lectures des livres d’autrefois :

Tout d’abord, « Le journal du séducteur » de Søren Kierkegaard (1813 – 1855) (Folio essais 5,23 €)

 fretratokierkegaard3.jpg Soren Kierkegaard

 On dirait aujourd’hui sans doute qu’il s’agit d’une autofiction. Elle est due à un jeune philosophe qui avait tout juste trente ans en 1843. Peut-être à cause d’un patronyme rébarbatif il passe pour une sorte de rabat-joie difficile à lire et encore plus à comprendre. Il est vrai qu’il a notamment écrit « Le concept d’angoisse » ou « Le traité du désespoir » ! Deux « programmes » pas vraiment réjouissants et propres à la rigolade. Pourtant Kierkegaard qui me semble être l’un des plus grands penseurs de tous les temps, l’un de ceux qui comme Nietzsche et à peu près au même moment que lui, se sont opposés à Hegel et au hégélianisme alors régnant. Il l’a fait de façon ironique, parfois très drôle (il avait sans doute beaucoup plus que Nietzsche le sens de l’humour ce qui n’est pas difficile, je le reconnais) et il écrivait souvent de façon fulgurante. Son « Post-scriptum aux miettes philosophiques » est ainsi une sorte « d’alter-ego » du « Gai savoir », ouvrage décisif de la pensée « contemporaine ».

« Le journal du séducteur » n’a, quant à lui, rien d’un livre de philosophie, rien non plus d’un roman philosophique ou moral, encore moins sentencieux. Il est seulement un livre brillant, œuvre cependant « philosophique », existentielle, sans le démontrer, sans même le montrer. (Il a été, sauf erreur, adapté deux fois au cinéma).

Et puis, un « Journal » qui commence par cette citation empruntée au livret de Da Ponte pour le magnifique « Don Giovanni » de Mozart : « Sua passion’ predominante / e la giovin principante » peut-il être vraiment mauvais ?

Notons au passage que la lecture enjouée du « Journal du séducteur » complètera celle de l’excellent numéro de septembre du « Magazine littéraire » qui nous propose, sous la plume d’Alexis Lacroix, un article intitulé « Je pense, donc j’écris » à ces philosophes qui s’intéressent à la littérature (à la fiction, au roman…). (Voir ci-contre le « lien » avec le site de cette revue). Elle viendra également en contre-point à l’éditorial de Joseph Macé-Scaron l’excellent directeur de la rédaction du « Magazine », éditorial qui fait référence à notre philosophe danois (Søren Kierkegaard, évidemment).

C’est ce que « L’instant » tente aussi de faire à sa manière, que de rapprocher philosophie et littérature. Et pas seulement ; l’écriture n’étant qu’une modalité de la création.

 

La rentrée littéraire ou la mémoire perdue

Toutefois, pour celles et pour ceux qui ne voudraient pas aborder le navire kierkegaardien, fut-ce par une œuvre littéraire, « L’instant » propose un autre petit livre, drôle, ironique, critique. Il s’agit d’un livre de Victor Segalen (1878-1919)

segalentahiti1903.jpg Victor Segalen à Tahiti

intitulé « Les immémoriaux » (Livre de poche 5,50 €). Il a été publié le 24 septembre  1907(Segalen avait donc à peu près le même âge que notre Søren du « Journal ») à un moment où l’on ne parlait pas encore vraiment de « rentrée » littéraire. Cela se passe à Tahiti. Et l’on y découvre en s’amusant beaucoup que c’est sans doute de l’essentiel que la mémoire a été perdue. Peut-être parce que l’essentiel, par principe nous avons tendance à l’oublier, à ne pas le voir…On peut s’amuser, sourire et même rire tout en disant des choses … essentielles.

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On pourrait sans doute aussi bien lire et relire « Noa, Noa » (Ecrits d’artistes 4,75 €) de Paul Gauguin qui fut le peintre le plus musicien de tous les temps.

Tout cela ferait une rentrée littéraire à 15,48 € (prix Fnac)! et un peu plus de 50 € si l’on ajoute dans un irrépréssible mouvement de générosité pour le présent et l’actualité les deux autres livres cités (Pascal Quignard et Alain Finkielkraut) ce qui n’est pas un mauvais substitut à plus de 600 autres ouvrages. Parmi lesquels, quelques merveilles, n’en doutons pas.



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