« Les sorciers, nos amis »

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 (Wayne Shorter)

En guise de « compte-rendu » du concert donné le 29 octobre dernier à la salle Pleyel (et annoncé dans « Actuelles ») par le saxophoniste Wayne Shorter qui fut l’un des musiciens les plus attentifs de ceux qui partagèrent la route de Miles Davis, voici quelques lignes qui sont une tentative d’évocation, de résonance. Pour un moment musical qui m’a paru d’une rare beauté.

Wayne Shorter était entouré de Danilo Pérez (piano), John Patitucci (contrebasse) et Brian Blade (batterie). Ils étaient quatre, vraiment quatre. Et ils ne faisaient qu’un.

« Les sorciers, nos amis »

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(Photo M Arcens octobre 2009)

Il y avait du bleu, du noir et quelques éclairs de cuivre et d’or

Il y avait des tensions et des élans du coeur et des corps

Des silences partout, des hésitations apeurées

Des frissons inassouvis, des éclats sourds

Des nuages sombres, des lenteurs assoupies

Des courses jusqu’au bout extrême du souffle.

Il y avait là des ombres venues d’ailleurs

Il n’y avait plus rien comme avant

Tout était changé: personne n’était plus personne

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(Photo M Arcens octobre 2009)

Les masques étaient rouges ou blancs

Ou noirs aussi

C’est encore aujourd’hui, selon son regard.

Tous étaient ici, ce soir-là

Miles, John, Charles et Charlie

Et Bill, Jimmy, Elvin, Max, Scott, Bud

Et tous les autres, Chet, Sphere, Stan, Lee

On ne sait jamais combien ils sont…

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(Photo M Arcens octobre 2009)

Ils sont aussi incertains que leur nombre change

Quand la lumière monte dans le ciel

Ou bien quand elle décline

Et même, quand c’est l’heure annoncée

L’heure apeurée de l’oiseau de Minerve.

Ce soir tous habitent ici leur musique:

Ceux qui sont revenus de loin

Comme ceux qui encore au matin, parcouraient

Sans se lasser jamais

Les chemins silencieux

Le temps étiré, l’espace de l’instant foudroyé.

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(Photo M Arcens ocotobre 2009)

Tous ceux-là qui sont entre la Terre et le Ciel

Dieux et hommes à la fois

Sorciers de mille nuits

Sorciers de cent mille nuits

Porteurs d’espérances

Porteurs de désolations aussi bien

Victimes de l’amour

Enchanteurs réjouissants

Nés d’un désir joyeux

Nés de l’affection des mots, des couleurs

Des âmes, des coeurs, des pleurs et de l’enfance

Tous ceux-là désormais

Sont parmi nous…

Ce fut un soir

Dont on se souvient encore

Encore aujourd’hui

C’était il y a cent ans au moins.

Ils s’appelaient si l’on veut

Wayne, Danilo, John et Brian.

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Ils avaient ensemble

Et chacun, à hauteur d’homme

A hauteur de son espoir, de sa volonté

A mesure de sa vie

Poursuivi le chemin acéré des sorciers

Nos amis de ce monde familier.

Michel Arcens   (octobre 2009)



1 commentaire

  1. uovo 13 novembre

    Vos mots jouent du jazz. Du coup c’est un peu comme si on y était.

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