Avec Colum McCann: « le désir et la lecture » ou « des reflets et des livres »

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(photographie M Arcens)

Les livres sont comme nos désirs. Ils sont nos rêves quand ils sont encore dans la vitrine du libraire. Si proches et parfois encore inaccessibles. Mais le désir qui les guette est irrépressible. Il n’a pas de fin.

Ils sont nos rêves quand ils s’écrivent. Lorsque nous les lisons.

Les livres sont des voyages secrets. Imaginaires, ils nous conduisent dans des pays que l’on ne peut que supposer. Mais dont la réalité advient, plus grande que le monde qui nous entoure, que nous voyons, que nous touchons.

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(photographie M Arcens)

Les personnages de fiction s’imposent à nous, à l’écrivain et au lecteur. Aux deux, différemment sans doute. C’est ainsi que le désir se transforme en plaisir. Et qu’il peut, alors s’accomplir. 

L’écrivain Irlandais Colum McCann vient de publier « Et que le vaste monde poursuive sa route folle » (éditions Belfond; traduction Jean-Luc Piningre).

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(Colum McCann)

Il dit:

« Je crée des personnages que j’aurais vraiment aimé connaître. C’est comme ça que Tillie m’est apparue. Je pense qu’en réalité, elle existe vraiment, quelque part. De la même façon, je n’aurais pas forcément écrit sur Claire, mais elle s’est imposée à moi, insinuée dans mon esprit. Je ne suis pas sûr d’avoir écrit pour Tillie ou Claire, elles l’ont toutes deux fait pour moi…quand des personnages comme elles s’imposent à vous, c’est un moment extraordinaire. Eprouvant mais magique. »

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(photographie M Arcens)

Les objets que sont les livres (ils sont encore des objets) sont des objets de désir: les images qui les couvrent, les titres et les noms des auteurs sont des promesses.

Et déjà, ils nous disent plusieurs choses: des choses qui sont ou ne sont pas dans les livres. Mais qui proviennent de nous. Avant même que nous, nous les tenions dans nos mains.

Avant que nous apportions notre point de vue, nos différences.

Colum McCann dit encore:

« Je sens que je dois accéder à toutes les différences que je ressens et les intégrer à ce que je suis. L’acte de lecture créative est au moins aussi important, si ce n’est pas plus encore, que l’écriture créative et la fiction. Avoir plusieurs points de vue c’est ce qui permet aux lecteurs de se faire leur propre interprétation. »

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(photographie M Arcens)

Kawabata, Pound ou Borges ne racontent pas une histoire comme si c’était la seule histoire possible. Mais toujours en laissant des interstices, des espaces où nous insérer et qui permettent de rêver. Pour accomplir nos désirs, multiples, contraires, contradictoires souvent.

Colum McCann dit encore:

« L’essence de la vraie intelligence est de présenter deux idées contradictoires en même temps. Le paradoxe est l’essence du fait littéraire. La poésie y trouve son essence, parce que le monde est multiple. »

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(photographie M Arcens)

Holderlin , Eschyle ou Heidegger sont des poètes et des penseurs. C’est aussi dans les contradictions qui animent leurs oeuvres que se trouve l’essence de la pensée.

Les livres de fiction, de poésie, de philosophie…nous donnent à penser. Les lecteurs que nous sommes ont une place dans la création elle-même. Parce que nous ne pouvons recevoir tel ou tel livre comme à chaque fois le seul possible, mais plutôt comme l’acte fertile de tous les possibles qui sont en chacun de nous.

Les citations de Colum McCann sont extraites de l’entretien qu’il a donné à Benoît Legemble pour la revue « Le Matricule des Anges » dont on trouve un lien avec le site dans le menu de ce blog. (numéro 108 novembre-décembre 2009)



1 commentaire

  1. uovo 8 décembre

    Je relis la poésie, quasiment jamais les romans. C’est stupide, je sais mais je veux garder l’émotion de la lecture unique, ne pas la trahir. C’est un peu comme si j’avais peur de ne pas me retrouver dans le livre en le relisant, peur d’avoir changé de regard par rapport à ce qu’il m’a raconté.C’est une relation très intime, exclusive, presque amoureuse.Quand je l’ai lu, j’aime le regarder, dans ma bibliothèque, savoir qu’il renferme les émotions qu’il m’a procurées, qu’il les scelle en quelque sorte, alors je ne l’ouvre plus, sauf parfois pour en respirer les pages.
    Votre nouveau costume vous va très bien.

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