Sur le chemin des Busclats: approche de René Char

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(par Nicolas de Stael)

Dansons aux Baronnies

En robe d’olivier

l’Amoureuse

avait dit:

Croyez à ma très enfantine fidélité.

Et depuis,

une vallée ouverte

une côte qui brille

un sentier d’alliance

ont envahi la ville

où la libre douleur est sous le vif de l’eau.

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René Char est sans doute l’un des poètes du XX° siècle les plus fascinants. Sinon même celui qui est fascination. Par sa clarté. Par son obscurité. Sans que celles-ci constituent un quelconque oxymore. Char est éclairant. Il est aussi aveuglant. Mais le plus souvent, pas au même moment. Ou alors ça n’est pas dans la même lecture.

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(par Nicolas de Stael)

Les commentaires de Char sont nombreux. Ils ne sont pas toujours sources de bonheur; je veux dire que, trop souvent, ils me paraissent dissimuler et même parfois dissiper le poème quand ça n’est pas l’oeuvre tout entière.

Il leur manque souvent la simplicité que Char, il me semble, aimait.

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Ca n’est pas à l’intelligence de la raison, du calcul, du décompte que René Char s’est jamais adressé. (Il disait je crois, qu’elle « divisait »). Mais à celle de l’immédiateté de la vie en train de se vivre ou à celle du désir, ou à celle de la volonté, du projet de l’audace, du courage le plus inouï parce que le plus indispensable. A celle du risque.

On ne s’attachera pas ici au moindre commentaire de René Char.

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Parce qu’il  y a, comme cela, des oeuvres qui sont elles-mêmes. Elles n’ont besoin de rien d’autre qu’elles pour demeurer dans leur génie.

On notera seulement que le livre de Laurent Greilsamer « L’éclair au front » (éditions Fayard) est la biographie la plus admirable qui soit. Parce qu’elle nous conduit comme en proximité et en voisinage de René Char. Sans prétendre pour autant tout expliquer.

Ce que l’on peut faire avec René Char, c’est s’approcher…seulement s’approcher, un peu.

Ce que l’on peut faire avec René Char, c’est essayer de trouver l’un de ces chemins, l’un de ces sentiers, l’une de ces pentes qu’il devait parfois parcourir du côté de L’Isle-sur-Sorgue.

Et peut-être comprendrons-nous qu’un jour, ou bien qu’un soir, à la tombée du soir, ce n’est pas nous qui nous approcherons de Char mais peut-être bien, lui qui s’approchera de nous.

Voici pourquoi, aujourd’hui « L’instant » ne dira rien d’autre, aujourd’hui, que quelques textes de René Char.

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(par Paul Klee)

Dieux et morts

Nuls dieux à l’extérieur de nous, car ils sont le fruit de la seule de nos pensées qui ne conquiert pas la mort, la mort qui, lorsque le Temps nous embarque à son bord, chuchote, une encablure en avant.

Ô délices, ô sabotages!

Roule le roc, éclate l’arbre,

Conspué soit l’innocent.

« Voilà le temps des assassins! »

C’était beaucoup et c’était peu.

Voilà le temps du suintement!

Voilà le temps des instructeurs!

Voilà le temps des délateurs!

*

Refuse les stances de la mémoire.

Remonte au servage de ta faim,

Indocile et dans le froid.

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(par Joan Miro)

Ebriété

Tandis que la moisson achevait de se graver sur le cuivre du soleil, une alouette chantait dans la faille du grand vent sa jeunesse qui allait prendre fin. L’aube d’automne parée de ses miroirs déchirés de coups de feu, dans trois mois retentirait.

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A la santé du serpent

Je chante la chaleur à visage

de nouveau-né, la chaleur désespérée;

*

Au tour du pain de rompre l’homme,

d’être la beauté du point-du jour.

*

Celui qui se fie au tournesol ne méditera pas dans la maison.

Toutes les pensées de l’amour deviendront ses pensées.

*

Dans la boucle de l’hirondelle un orage s’informe, un jardin se construit.

*

Il y aura toujours une goutte d’eau pour durer

plus que le soleil sans que l’ascendant du soleil soit ébranlé.

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(par Georges de La Tour)

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Références:

* « Dans l’atelier du poète » René Char (collection Quarto éditions Gallimard)

* « René Char » Cahier de l’Herne

* « Faire du chemin avec… » Marie-Claude Char (éditions Gallimard)

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 * en musique « Le marteau sans maître » avec l’Ensemble intercontemporain » et Pierre Boulez

http://www.musicme.com/Ensemble-Intercontemporain/albums/Boulez:-Le-Marteau-Sans-Maitre;-Derive-1-&-2-8888880002295.html?play=01

sans oublier cet enregistrement (CD) où René Char lit quelques-uns de ses poèmes…et où sa voix, présente, nous parle intensément.

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