« Souvenirs d’une invisible » par Alain Gerber

Souvent, dans un roman, il y a une histoire. On pourrait dire aussi « une narration ». Souvent il y a des faits, en tout cas la relation de ceux-ci. Il y a une mise en perspective d’événements plus ou moins ordinaires ou extraordinaires.

« Souvent » : parce que parfois les choses sont un peu différentes. Mais cela est rare et les lecteurs, généralement, évitent ce genre de littérature.

Ici, dans le beau roman qu’Alain Gerber signe un peu comme s’il était une sorte de revenant – un heureux « revenant » pour tous ceux et toutes celles qui ont aimé sa musique d’autrefois, d’il y a déjà longtemps comme « Une sorte de bleu » en 1980 jusqu’à plus récemment avec « Blues » l’un de ses chefs d’œuvre (il y en a plusieurs à dire vrai) – roman qui porte le titre énigmatique de « Souvenirs d’une invisible » (Marivole éditeur) il y a toute une histoire. Ce récit c’est celui d’une exilée russe et juive à la fois dans la France du XX°. Dans le meilleur de celle-ci et dans le pire aussi. A Belfort, ville natale de l’écrivain.

Voici qui est aussi bien extraordinaire que tout à fait « ordinaire ».

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Ici, comme il a été dit, il y a une histoire et, en quelque sorte, une vie, toute une vie, celle de l’héroïne. Qu’il vaudrait peut-être mieux qualifier de « personnage central ». Même si, d’une certaine façon, Sonia Breldzerovsky a parfois les traits d’une héroïne.

Cette histoire donc, son histoire, se déroule au cours d’une narration somme toute simple, même s’il y a ici souffrance, joies, bonheurs, hésitations, erreurs, tout cela mélangé.

La vie de Sonia pourtant est exceptionnelle. Mais en même temps, si elle n’est en rien banale, si à ce seul degré de lecture, elle retient notre propre souffle, comme souvent chez Alain Gerber, il y a dans ces « Souvenirs d’une invisible » quelque chose d’encore plus fascinant. D’autant plus remarquable il faut le dire d’entrée que ce « second degré » est présent de bout en bout, de la première à la dernière page et cela « sans jamais montrer son nez » un seul instant.

 

L’histoire donc de « l’invisible » Sonia Breldzerovsky c’est bien, sinon l’essai de la relation même de ce qui ne se voit pas, mais qui est cependant, à la fois la vie et la littérature.

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Un roman n’est pas un récit historique. Ce dernier ne peut être que l’œuvre des historiens et si la vie de quelques grandes figures de l’Histoire du monde a parfois eu des « accents » romanesques ce n’est que par métaphore.

Dans un roman il y a en premier lieu … ce qui ne s’y trouve pas. Il y a dans le fondement même de la littérature ce que l’on pourrait dire des « absences », des « creux », des « manques » et des manquements ».

Ils sont quelques-uns dans ce que l’on apprend de Sonia. Mais ils sont infiniment plus nombreux ceux que l’on imagine, que l’on rêve, auxquels on croit encore plus qu’à tous les autres.

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Et ce sont ces derniers qui font de ce livre sa rareté : là ou, précisément, au moment même où il en fait en quelque sorte l’ellipse, au moment précis où il évite de le faire, Alain Gerber nous dit comme un tour de force lui aussi invisible tout ce qu’est le roman. Tout ce qu’est la littérature : écriture et lecture aussi sans doute.



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