Le voyageur

 

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Bertrand Renaudin est un musicien voyageur. Il écrit des livres, il est aussi un peintre très remarquable jouant des noirs et des blancs, offrant des lumières fascinantes à qui désire être ébloui.

Bertrand Renaudin est un batteur singulier – sa manière si harmonique est là pour le prouver – et c’est, sans doute avant tout, un musicien voyageur.

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Il n’avait pas fallu « L’arbre voyage » publié en 2000 et réédité aujourd’hui (OP Music) pour comprendre que Bertrand Renaudin est un musicien errant, pour lequel, non pas tous les chemins sont bons, mais pour qui sans doute ceux qui mènent ici ou là par des voies inattendues, ceux-ci sont les plus beaux.

Et ce sont eux qu’il n’a de cesse de nous offrir avec une sorte de générosité qui est l’une de ses marques, l’une de ses spécificités. Aujourd’hui il nous propose aussi de retrouver un voyage inattendu, celui qu’il a fait avec le guitariste Olivier Cahours sous le titre de « Douö » (OP Music).

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Si l’on veut, si l’on aime découvrir ou redécouvrir des contrées nouvelles, des mondes clairs ou obscurs, parfois les deux ou même entre les deux, ces enregistrements, comme tous ceux de ce musicien aussi rare que familier, aussi proche qu’il nous emporte au plus loin de nous-mêmes, sont des chemins de traverse qu’il est heureux d’emprunter. La première fois comme aujourd’hui encore, comme demain.



Le « sorcier souffleur »: « Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble » par Alain Gerber

 

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Certains disent qu’il est un magicien de l’écriture, une sorte d’écrivain comme on n’en fait si peu. D’autres pensent que c’est un musicien et que son instrument ce sont des mots, des syllabes ou davantage des images qui auraient pris la forme de phrases et de paragraphes, chacune ayant sa mélodie, son harmonie et son rythme.

Tout ceci est vrai, à n’en pas douter. Mais peut-être est-il aussi quelque chose d’autre, quelque chose de plus. A lire « Bu, Bud, Bird, Mingus, Martial et autres fauteurs de trouble » qu’il vient de publier aux éditions Alter Ego, Alain Gerber apparaît plus que jamais comme un « souffleur ».

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Serait-ce qu’il nous soufflerait à l’oreille des mots qui ne seraient qu’à lui, dont il nous ferait les destinataires électifs ? Sans aucun doute. Mais un authentique « souffleur » est beaucoup plus que cela. C’est quelqu’un de rare, l’un de ceux qui ont du ciel le don de vous donner à vous, à chaque instant lorsqu’il vous parle, le souffle qui pourrait vous manquer. Ou bien encore mieux, un nouveau souffle, un nouvel élan. Un « souffleur » digne de ce nom est quelqu’un qui vous enflamme, qui vous donne quelque chose comme sa propre vitalité, qui vous offre un peu plus de vie.

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A lire « Bu, Bud etc… », on sait qu’un de ces êtres étranges, de ceux que l’on ne découvre pas au coin de quelque rue du village littéraire, musical, artistique de toute sorte, un de ceux qui, tout en tombant du ciel et d’un ailleurs que l’on ne soupçonnait pas, vous offre tout d’eux-mêmes, étant ainsi plus familiers pour vous que vos meilleurs amis, on sait qu’Alain Gerber est l’un d’entre eux et que la chance, votre chance d’être son lecteur, est bel et bien avec vous.

562876_296905960385962_100001996808753_671071_202796398_sA rêver avec ces chroniques, ces portraits, ces poèmes en prose ou presque en rimes, on est plus riche à chaque phrase, non parce qu’on aurait pu en faire notre « profit », mais parce qu’on est plus heureux, emporté par quelque chose qui nous fait faire quelques pas de plus,. Quelques-uns de ces pas qui, tout en nous laissant souvent immobiles, nous font voir des paysages inouïs, que nous découvrons les yeux, le cœur et l’âme aussi, tous, grands ouverts. Il nous semble alors avoir fait de merveilleux voyages dans des contrées jusqu’ici insoupçonnées.

 

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Alain Gerber est un bien l’un de ces « sorciers souffleurs », lui aussi « fauteur de trouble », lui aussi engendrant en nous dans tous ses textes des étincelles, de ces lumières qui font vivre et aimer, sans lesquelles il n’y aurait pas de désir, pas d’amour non plus. Car c’est ainsi que nous aimons la musique, les musiciens et aussi la vie tout entière. Mais Alain Gerber est un « souffleur » bien différent de tous les autres. Parce que dans chaque regard qu’il porte ici sur les musiciens, parfois même sur une couleur (le « bleu », évidemment), un producteur (Jean-Jacques Pussiau), les amateurs de musique, les instruments, il est à l’évidence plus que d’autres un « souffleur » d’âmes et de corps enfiévrés, de passions, de douceurs, de peurs, d’effrois, de tempêtes et de cieux aussi clairs et paisibles que le sourire d’un enfant. Cela dépend de son humeur à lui. Et un peu de la nôtre aussi. Voici un « souffleur » dont on perçoit à peine qu’il nous dit quelque chose au creux de l’oreille, dont on entend pourtant la musique à chaque battement du cœur, le sien et le nôtre qui, tous les deux ensemble, vont de pair et ne se quittent plus. C’est un ami qui, dans son souffle et dans chacune de ses respirations, donne tout, tout de sa vie, de ses sentiments, de sa passion, que ce soit le jour éclatant de soleil ou bien que ce soit la nuit la  plus profonde, peu lui importe. Ce qui compte pour lui et alors ce qui devient vital pour nous, c’est que nous sommes emportés, transformés, métamorphosés et qu’au bout du compte, au bout de ce voyage pourtant sans fin, nous sommes encore davantage nous-mêmes. Et que donc cela ne s’arrête pas. Que cela ne peut s’arrêter. Jamais.

 

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Sunny et Sonny par Alain Gerber: « Une année sabbatique »

 

Sunny et Sonny par Alain Gerber:

 

Il y a des romans qui surprennent, qui saisissent au point que vous ne pouvez plus les lâcher et que, parfois même, ils hantent votre sommeil.

Il y a aussi des romans qui vous emmènent dans des régions dont vous ne soupçonniez même pas l’existence avant des les avoir ouverts. Et dont, vous n’êtes pas tout à fait certain, en les refermant qu’ils sont bien réels.

Mais ce dont vous êtes sûrs c’est qu’ils vous ont ouverts des voies. De traverse sans doute. Mais des sentiers qui vous ont fait découvrir quelques vérités de plus. Et, ces romans-là, ne dévoilent jamais que des choses essentielles. Qui étaient encore cachées pour la plupart. Mais sans lesquelles vous savez bien que vous n’auriez jamais été vous-même et que peut-être aussi vous n’auriez jamais respiré, ni l’air du temps, ni celui de votre enfance, pas même celui du matin où vous les ouverts pour la première fois.

« Une année sabbatique » d’Alain Gerber fait assurément partie de ces livres.

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Est-il si important de dire que le saxophoniste Sonny Rollins s’y cache sous un nom d’emprunt, celui de Sunny Matthews ? Un nom qui ne dissimule pas grand-chose de celui qui a inspiré, suscité, provoqué cette histoire. Certes, ici tout (ou presque) est inventé. Mais, une fois de plus – une fois de plus chez Gerber – ce qui est inventé est plus vrai que la vérité sans voile aucun.

D’autres musiciens de jazz apparaissent au cours de ce récit. Tous ont des noms ou surnoms qu’on ne trouve dans aucun dictionnaire (pas même le « Petit Dictionnaire incomplet des incompris »). Parfois, on peut s’y perdre un peu. Oublier, au fil des pages, qu’untel est untel.  Douter que l’on ait bien compris qu’il s’agissait de lui. Mais cela fait assurément partie intégrante du jeu : nous égarer c’est « l’art » de l’écrivain, celui de l’inventeur. C’est dans ce genre de parcours, hasardeux, vagabond, que réside la littérature. Quand elle ne prend pas le lecteur pour le premier venu ou pour un sot, mais qu’elle l’aime vraiment, qu’elle l’aime comme on aime un ami.

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Sur le jazz, sur ses protagonistes, « Une année sabbatique » ne prétend rien nous apprendre. Mais sur toute musique, à propos de la création, bien davantage. Mais sans prétention toutefois. Plutôt comme « en passant », l’air de rien ou en tout cas de pas grand-chose.

C’est sur la vie que ce livre nous dit beaucoup.

« Pour chaque improvisateur, comme pour chaque compositeur, le problème, c’est lui. Lui seul. Nu […] Cette vérité-là est indépassable. La contourner revient à entamer dans le vide une chute qui ne rencontrera jamais le sol. On se dissout dans l’air du temps. »

Et que nous soyons seuls est une évidence : « Une chose est certaine : un homme n’a pas le cœur assez grand pour adieu à toutes ses solitudes à la fois. »

Parce que notre vie n’est que la nôtre – même si, en lisant un livre, en écoutant, Sonny Rollins-Matthews ou en se laissant gagner par les couleurs d’un tableau ou la courbe d’une statue, c’est ainsi qu’on la découvre.

« La vraie vie […] existe vraiment [… C’est] celle qu’on ne vit ni en rêve, ni par procuration. Celle qui ne s’écoule pas en dehors de son propre cours, ne se déroule pas derrière son propre dos. Une vie avec laquelle on se sent coïncider point par point. »

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La musique des souvenirs

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« Quand passe les nuages, quand le soleil s’efface, quand le temps change, c’est comme si le temps passait… au loin le ciel s’éclaire, au loin le ciel s’assombrit… »

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Dans un texte inédit, Alain Gerber, l’auteur de « Longueur du temps » qui paraît aux éditions Alter ego, écrit :

« … Dans cet art extravagant

Réservé à d’inconscients extralucides

Jouer une musique qui n’existe pas

Ce qu’on dit peut être aléatoire … »

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Ne doutons pas qu’il y ait là comme une sorte de manifeste dont ce dernier livre serait comme la réalisation, pleine d’extravagances, d’inconsciences visionnaires, de musiques irréelles et de hasards qui ne seraient que des formes abouties du destin.

Avec aujourd’hui bien plus de cinquante titres à son actif, avec des centaines d’émissions de radio sur France Musique et France Culture, Alain Gerber est à la fois un créateur prolixe et un inventeur fertile. Couronné depuis maintenant plusieurs décennies par de prestigieux prix littéraires (Interallié, Goncourt de la nouvelle, prix de la ville de Paris et bien d’autres encore).

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Tous ses livres jouent une certaine musique comme toutes ses émissions musicales nous donnaient à entendre, entremêlés avec de merveilleuses notes bleues, des textes, récits réels ou imaginaires qui nous en disaient davantage que nous ne nous y attendions chaque fois.

Pourtant, « Longueur du temps » est d’une autre nature. Il s’agit bien, ici, d’un texte singulier. Parce que si rien ne dit qu’il s’agit de « poésie » – pas plus l’auteur ne le reconnaît ; mais comme il ne le dénie pas non plus, il est assez clair que nous sommes dans la perplexité qui provient sans doute de cet aléatoire aussi inconscient qu’irréel – il y a bien là, dans la forme, dans l’apparence donc, quelque chose qui y fait penser : la typographie ne pouvant pour une fois peut-être pas nier totalement son rôle !

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Mais surtout, c’est que dans « Longueur du temps » c’est tout le temps passé qui surgit : non comme un retour, non comme quelques anecdotes dont le souvenir se ferait plus ou moins présent au fil de l’écriture qui ne serait alors qu’une façon de garder une trace, une sorte d’archéologie plus ou moins précise, plus ou moins juste, un auto-témoignage auquel on ne pourrait alors apporter qu’un crédit tout relatif à la confiance que l’on ferait à celui qui écrit et dont le lecteur ne saurait rien de la sincérité, de l’exactitude du propos.

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Ce qui vit dans ces lignes ce ne sont pas des faits ou des « événements » – ni ceux de l’enfance, ni ceux des séjours dans des pays étranges plutôt qu’étrangers, de l’Amérique à l’Afrique sans oublier le plus vieux des continents, ni ceux de l’âge d’homme, ni ceux des épreuves, des joies ou des douleurs, de celles que l’on dit ou de celles qui se cachent mais que l’on ressent et c’est cela l’essentiel – ce qui se vit dans ces lignes de façon primordiale c’est que le temps, celui qui passe, en fait ne passe jamais, jamais tout à fait. On peut ne voir dans une existence que la force ou même que la rage de vivre : il n’empêche, l’instant que nous vivons, dans toute son intensité est toujours plus fort, plus présent, plus réel. Parce qu’il n’est  fait que de ces rêves, des ces inconsciences, de ces extravagances dont nous parle Alain Gerber.

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Ce qui est sans doute le plus admirable dans « Longueur du temps », c’est que tout cela nous n’avons pas à le comprendre, parce qu’ici rien n’est démontré, pas même montré, mais que tout est donné, de façon absolue, « généreuse » pourrait-on dire sans doute. Parce que nous n’avons, avec la musique qui est au cœur de chaque phrase, de chaque image, dans chaque présence du passé, du temps retrouvé, qu’à nous laisser aller au fil des souvenirs du plus musicien des écrivains.

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Voici pourquoi « Longueur du temps » est un livre comme il n’en existe pas. Et que l’on découvre avec autant de surprises que d’émotions incessantes.

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