Patti Smith: ce qui ne meurt jamais

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« Je dormais lorsqu’il est mort. J’avais appelé l’hôpital pour dire bonne nuit une dernière fois, mais il avait sombré, sous des couches de morphine. , J’ai pressé le récepteur contre mon oreille pour écouter sa respiration laborieuse à travers le téléphone, sachant que je ne l’entendrais plus jamais. Ensuite, j’ai rangé mes affaires avec calme.  Il est toujours vivant ai-je murmuré, je me rappelle. Je me suis endormie. Je me suis réveillée tôt et, en descendant l’escalier, j’ai su qu’il était mort…C’était une froide matinée de mars, j’ai mis mon pull. J’ai levé les stores et la lumière du jour a inondé le bureau… »

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« Nous nous sommes dit adieu et j’ai quitté sa chambre. Mais quelque chose m’a fait revenir sur mes pas. Il avait sombré dans un sommeil léger. Je l’ai regardé tout un moment. Tellement paisible, comme un très vieil enfant. Il a ouvert les yeux et souri : « Déjà de retour ? ». Puis il s’est endormi. Ainsi ma dernière image fut-elle semblable à la première. Un jeune homme endormi, baigné de lumière, qui ouvrait les yeux avec un sourire de reconnaissance pour celle qui n’avait jamais été une inconnue. »

 

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(photographie Robert Mappelthorpe)

Ces deux paragraphes ouvrent et concluent le livre de la chanteuse, performeuse et plasticienne Patti Smith qui est aussi un magnifique écrivain. (C’est le deuxième article que « L’Instant » lui consacre). Ce livre vient de paraître aux éditions Denoël. Il s’intitule « Just Kids ». Il raconte avec tendresse, discrétion et passion son amour pour Robert Mappelthorpe.

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Ce livre raconte toute la vie de deux jeunes gens qui ne voient pas le monde comme tout le monde, qui ne le voient que par leurs regards réciproques.

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Au-delà (à moins qu’il vaille mieux écrire « en-deçà ») ce que dit ce livre, ce que dit Patti Smith, ce que nous dit la vie de Patti Smith et celle de Robert Mappelthorpe, c’est que l’amour est bien la chose en ce monde (à moins que ça ne soit qu’en nous) qui soit capable de durer. Et même qui ne puisse être qu’ainsi.

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(photographie Robert Mappelthorpe)

On croit si souvent que l’amour est passager. On croit si souvent que l’amour vient et s’en va et qu’une de perdue c’est dix… ce qui, probablement devrait être vrai dans le sens inverse des sexes… si l’on peut ainsi s’exprimer. On croit cela et l’on se trompe absolument.

La lecture de « Just Kids » nous dit tout ce qu’il y a dans une vie qui en croise une autre, dans deux vies qui s’enlacent : plus rien de tout cela ne peut plus alors s’effacer. Et rien de cela ne meurt jamais.

Ni même la musique: http://www.musicme.com/Patti-Smith/albums/Easter-0078221882620.html?play=01

 

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Lorand Gaspar avec Bill Evans

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Au moment où ces quelques mots sont écrits on pense particulièrement à l’immense pianiste de jazz que fut Bill Evans qui disparu le 15 septembre 1980. Il y a donc trente ans.

Qui connaît Bill Evans sait d’évidence que sa musique nous fait souvent, si ce n’est toujours (car rien de ce qu’a joué Bill Evans n’est médiocre), apercevoir ce que nous n’avions pas encore su imaginer.

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Ces propos devraient sans doute avoir place dans « l’autre » blog: www.notesdejazz.unblog.fr

 

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Mais la lecture du dernier recueil de poèmes de Lorand Gaspar « Derrière le dos de Dieu » (Gallimard) nous montre de façon si éblouissante, en tout cas si lumineuse, que la littérature et la musique sont proches, pour ne pas dire que l’une est aussi bien l’autre qu’il est apparu – naïvement sans doute – que l’on pouvait bien faire ce rapprochement:

Lorand Gaspar:

« Une musique faite seulement de ce rien qui respire entre contraires entre un battement du coeur et le battement d’une aile, la fin et l’infini. »

« Nous n’avons que cette musique – multitude blessante et joyeuse pour toucher le feu qui nous habite. »

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Bill Evans:

http://www.deezer.com/music/bill-evans/conversations-with-myself-223708?provider=website

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« Don Quichotte »: une histoire infinie, impossible.

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(Katy Acker auteur de « Don Quichotte » éditions Laurence Viallet)

Il ya du « Don Quichotte » de Cervantès maints commentaires, voire maintes interprétations.

De qui constitue l’une des œuvres de fiction les plus passionnantes et les plus géniales de tous les temps, il y a même quelques analyses aussi surprenantes au premier abord que fascinantes. Comme celles qui en font une sorte de métaphore de l’histoire du peuple juif et de ses croyances.

Ce qui est le plus étonnant sans doute, extraordinaire assurément, c’est le caractère infini de l’œuvre. En tout cas, son caractère indéfini, indéfinissable, non fini.

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« Quichotte » ne cesse de se poursuivre. Voici un livre qui ne se termine pas par « Vale ».

« Don Quichotte » ne se termine pas.

Rares sont les livres qui ne se terminent pas. Il y a bien « L’Odyssée » et quelques très rares autres dont quelques « nouveaux romans » se sont un temps emparés.

Mais tout cela fut, à un degré ou un autre, plus ou moins donc, « exercice de style ».

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Concernant le Quichotte, c’est différent. Car toutes les épreuves qui poursuivent le chemin du chevalier semblent reposer sur le fait que sa propre quête est dès l’origine et par nature quelque chose qui ne peut aboutir. Et qui ne peut donc s’arrêter.

L’infini du Quichotte c’est encore davantage le fait que le livre semble ne pas commencer et ne pas se clore. Sinon, le début comme la fin, provisoirement.

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(Jorge-Luis Borges)

On se rappelle évidemment que le Quichotte fut écrit, réécrit, par Pierre Ménard. Un Pierre Ménard, Nîmois, qui n’existe pas. Mais Don Quichotte existe-t-il ? Et Cervantès ? Et Borgès l’auteur de « Fictions » et de « Pierre Ménard, auteur du Quichotte » ? Ou plutôt ils ne cessent d’exister ; car la fiction demeure même si son sens peut changer dans la course du temps.

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(Kathy Acker)

Vient de paraître un nouveau « Don Quichotte » signé de Kathy Acker (éditions Laurence Viallet). Cette fois Don Quichotte est une femme… Dans ce livre les citations de Cervantès ( ?) sont nombreuses, cachées ou non. Le livre est le même (comme celui de Ménard) et tout autre, déjanté comme son auteur le fut (Kathy Acker est disparue en 1997, elle avait 55 ans).

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« Don Quichotte », le livre, vit toujours sous toutes les formes et dans tous les sens, mêmes les plus incroyables, les plus « impossibles » qui puissent être. Ce « roman » n’est pas une histoire parmi d’autres, mais une sorte d’histoire tellement impossible, inconcevable, qu’elle est la source de toutes les histoires.

Aussi bien de toutes les histoires que de la nôtre, sans doute.

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Don Quichotte est une oeuvre donc éternelle. Donc, pour tous les enfants. Ici avec Jean Topart et Jean-Pierre Cassel. (On peut préférer celle de Gérard Philipe)

http://www.musicme.com/Miguel-De-Cervantes/albums/Don-Quichotte-3448960283922.html?play=01

Et un « petit tour » par la musique avec José Van Dam. C’est ici:

http://www.musicme.com/Jose-Van-Dam/albums/Sechs-Monologe-don-Quichotte-quatre-Chansons-le-Bal-Masque-0077775923650.html?play=01



Sur une photo de Willy Ronis: « l’écrin de la nudité »

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« A la naissance de ce monde-là, l’espace est si transparent que le monde n’y adhère pas. Chaque objet qui s’installe semble une effraction… J’adore la nudité qui est… une opulence à l’envers, mais une opulence sans mesure. » 

Ces mots sont signés d’un auteur que « L’instant » a souvent célébré. Ils sont empruntés au livre d’Alain Gerber « Paul Desmond et le côté féminin du monde » (éditions Fayard).

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(Paul Desmond)

Paul Desmond fut le saxophoniste du fameux quartet de jazz du pianiste Dave Brubeck. Il fut le compositeur de l’un des thèmes les plus célèbres que cette musique ait jamais donné. Il est intitulé « Take five ».

Mais c’est d’un autre musicien, le merveilleux John Lewis. Il fut le pianiste du magnifique Modern Jazz Quartet.

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(John Lewis)

Le texte cité a cependant d’autres vertus que de s’en tenir à la musique d’un musicien de jazz, fut-il l’un des plus brillants.

La photographie de Willy Ronis qui est ici pourrait être illustrée par les mots d’Alain Gerber.

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Ceux-ci ont cette pertinence de faire que malgré ce que l’on pense généralement, malgré ce que semble montrer cette image, la nudité ne provient pas d’un dévoilement. Elle ne dit pas cela. Mais bien plutôt l’inverse. Voici la raison pour laquelle elle est le sujet de malentendus.

Comme la vérité, la nudité n’est pas quelque chose qui aurait été caché, puis qui serait apparu au terme d’un procès.

Ni la vérité, ni la nudité ne sont « non-cachées ». Pas plus que la musique. Pas plus que la peinture. Pas davantage que la vie. Puisqu’elles sont cette vie-même. Alors, elles sont primordiales.

En restant en tout point fidèle au texte de « Paul Desmond et le côté féminin du monde », à un moment où c’est Desmond qui parle par l’écriture d’Alain Gerber, il faut ajouter ceci :

La nudité, dans sa seule existence, dans son seul fait, « loin d’être un obstacle au regard (Desmond/Gerber dit « au lyrisme ») représente ce qui lui donne… en même temps qu’un écrin naturel sans égal, tout son prix. » 

Et, surtout :

« D’une épure Willy Ronis trouve le courage de ne présenter que l’esquisse. Son art est une vaste abstention, où prennent cependant naissance des initiatives cruciales. »

 

 willyronisbn.jpgwillyronisbn.jpgwillyronisbn.jpg (Willy Ronis) Pour mémoire voici « Take five » par le Dave Brubeck quartet

http://www.musicme.com/Dave-Brubeck/albums/Time-Out-5099706512226.html?play=01

et quelques instants de la musique « nue » et si pure, si originelle de John Lewis

http://www.musicme.com/John-Lewis/albums/Improvised-Meditations-&-Excursions-0081227792268.html?play=01



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