« Sophocle, la condition de la parole » par Jérôme Thélot : une poétique générale

Voici comment ce qui pourrait être une analyse détaillée, approfondie, méticuleuse des tragédies de Sophocle devient un livre essentiel, un livre sur « la condition de la parole » (c’est son sous-titre), mais plus encore peut-être (ou alors, ainsi même) sur la condition de l’homme.
Jérôme Thélot qui vient de publier « Sophocle », édité de fort belle manière par Desclée de Brouwer, n’a jamais écrit à propos de la littérature comme si elle était une activité parmi d’autres, une esthétique à comprendre comme un art qu’il faudrait aborder comme une seule « forme ».

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C’est pourquoi il nous montre ici – ou plutôt il démontre en toute clarté – que Philoctète, le personnage de l’avant-dernière des pièces de Sophocle parvenues jusqu’à nous et à laquelle il donne son nom, est « l’inventeur d’une parole aussi vibrante que ses flèches … à la fois enracinée dans la vie immédiate des besoins fondamentaux du corps et rendue, pourtant, à la langue du monde… Philoctète le poète quittant son île la doue de sens, la sauve par sa parole, par cette parole de poésie dont le monde de la guerre, où il rejoint les siens, pourra garder mémoire et transmettre l’appel. »

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Ni Philoctète, ni les autres tragédies de Sophocle ne sont à lire ou à comprendre seulement comme des débats « moraux » comme on le fait généralement. En tout cas, le plus souvent. Où l’on s’émeut pour Électre ou pour Antigone, où l’on se lamente sur le sort d’Œdipe.

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Au tout début du livre, Jérôme Thélot définit son travail en ce sens précis que les tragédies de Sophocle doivent être considérées « comme porteuses d’une poétique générale ». L’œuvre de Sophocle est  « une pensée de la parole par elle-même » comme le souligne l’auteur. Et il ajoute aussitôt qu’il s’agit là d’ « une invention de la poétique, au double sens de ce mot : une affabulation et une découverte  des conditions de la parole, une mise en image et une réflexion de ses fondements. »

Ici se situe non pas l’originalité du propos mais toute sa profondeur. Saisissante pour le lecteur.

On ne peut plus désormais entendre Sophocle de la même manière.

On en comprend ici, désormais, le génie, dont l’analyse constitue le dévoilement rigoureux et si éclairant.

(Les textes soulignés, le sont par l’auteur)



L’amour caché ou le retour d’Orphée

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C’était un mystère. Ca l’est sans doute encore aujourd’hui, sous le soleil ou sous le ciel bas.

Le mystère d’Orphée c’est celui de son retour du Léthè, tenant la main d’Eurydice qui le suit.

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Les amants reviennent à la lumière.

Mais Orphée n’ignore rien de ce que la lumière montre. Il sait que la lumière dévoile bien des choses. Il sait que pour ce faire, la lumière doit anéantir tout ce qui se dissimule. Il sait que la lumière peut détruire ce qui, pour être, ne doit pas se montrer. Orphée sait, mieux que tout autre, peut-être parce qu’il a « inventé » la musique, que ce qui est invisible ne doit pas se soumettre aux lois de la lumière.

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Orphée et Eurydice sont amants. La mort semble les avoir séparés.

Mais Orphée retrouve Eurydice.

Eurydice est vivante, avec Orphée, en lui, grâce à lui.

Eurydice est toujours vivante.

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La menace est claire cependant : si Orphée regarde Eurydice, elle retournera au Léthè.

Orphée a compris. Au cours de son voyage, du voyage de retour des enfers, il sait désormais que contre toute apparence, contre la menace, contre le sens du commun des mortels il doit se retourner et regarder son amour.

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Car son amour doit être caché, il doit demeurer invisible.

Orphée dit : « Seul ce qui ne se voit pas, est. »

La présence d’Eurydice est bien plus intense et elle n’est réelle que dans cette mesure où, aux yeux des mortels, aux regards apeurés de ceux qui craignent la mort, elle, Eurydice, n’est plus de ce monde.

 

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L’amour d’Orphée et celui d’Eurydice n’est pas de ce monde. Il n’est pas dans la lumière qui éclaire les choses. Il est caché dans le cœur des amants. Il ne faut pas que les vivants le voient pour qu’il soit cet amour éternel qu’Orphée et Eurydice se portent depuis toujours. il est comme un secret : un mystère.

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L’amour ne peut cesser, sauf à se réaliser dans la lumière des choses, c’est pourquoi Orphée n’a pas hésité, il s’est retourné pour voir Eurydice pour la première fois, pour l’emporter avec lui, pour ne plus la quitter, pour lui donner sa vie et partager la sienne.

Seuls les amants ont ce pouvoir. Parce que leur amour, l’amour, est impossible.untitled1.bmp

Parce que c’est seulement ainsi, parce qu’il est impossible que l’amour est infini, absolu, indestructible.

Mais ce « mystère », souvent nous ne le voyons pas…

Et qui oserait penser qu’Orphée serait assez sot ou qu’alors il serait étourdi, au point de se retourner, comme cela, sans en avoir la volonté ?

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C’est parce que l’amour le guide qu’Orphée veut revoir Eurydice, non pour la dernière fois, mais pour toujours.

Les amants sont toujours vivants sous le regard des dieux.

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La vérité sur Eros

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Que savons-nous d’Eros ?

Nous croyons savoir beaucoup de choses à propos de cette figure des dieux grecs, de ce qu’elle semble symboliser, signifier peut-être seulement.

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Parce que toutes et tous nous aimons…

Parce que si nous croyons ne pas aimer, eh bien nous nous trompons…

C’est cela que nous dit Eros.

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Eros n’est pas ce petit ange impudique que nous voyons souvent dans des représentations antiques ou dans des peintures classiques.

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Eros est un dieu primordial : celui qui créa le monde.

Le désir, l’amour, la « volonté » aussi, sont la vie, l’origine de tout, de tout ce qui est.

Mais l’amour ne se voit pas.

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Il est invisible.

On dit souvent qu’Eros est aveugle.

S’il se voit, si on le voit, alors il peut ne pas survenir.

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Si les fiançailles de Johannes et Cordelia se transforment en mariage, leur amour ne sera pas aussi intense. Søren rompt son lien avec Régine. (1) 

De même, la représentation d’Eros le fait fuir : il faut qu’il se dérobe à notre regard. Il se dérobe toujours. Eros est pudique. C’est pourquoi il va nu. Il n’a pas à se cacher : nous ne devons pas le voir.

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Sa nudité, contrairement à nos préjugés, le protège. Comme elle nous protège. Nous pensons l’inverse. A tort.

Il arrive que l’imagination nous le révèle  et nous avons alors, mystérieusement, souvent besoin d’elle.

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Parfois nous avons besoin d’images  pour aimer Eros lui-même, ce dieu dont les plus vieilles « légendes » disent qu’il a deux sexes.

Nous ne savons pas s’il avait les deux sexes ou deux sexes identiques.

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Mais Eros est un ange et comme eux il est doublement sexué.

Ce qui, en passant, met fin ici à une ancienne et archaïque querelle. 

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Eros, comme principe, comme élan primordial, est partout.

L’amour est incessant.

Un amour qui fut est un amour qui est.

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Aucune séparation n’est totalement possible.

L’amour rime avec toujours.

On n’échappe pas à ses flèches, Médée elle-même fut atteinte, en plein coeur, dit le mythe.

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Une partie de l’histoire, des histoires nombreuses et parfois entremêlées des dieux grecs, s’explique par là.

Parce que c’est ainsi que les amours se superposent. Puisque ils ne s’effacent jamais.

La vérité sur Eros c’est qu’il est la vie, qu’elle ne cesse pas, qu’on ne la voit pas davantage que l’amour lui-même.

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La vérité sur Eros c’est qu’il est partout et qu’il est secret, qu’il est impossible.

C’est seulement parce qu’il est secret, tu, caché, inimaginable, invisible donc, qu’Eros est possible.

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Et cette invisibilité est l’origine même de tout, jusqu’à notre existence.

Il est notre existence même.

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(1)    Le livre le plus érotique de toute la littérature « contemporaine » n’est ni l’œuvre de Sade, ni celle de Pauline Réage, même pas celle de Georges Bataille, il s’agit du « Journal du séducteur » de Søren Kierkegaard  (on peut lire à ce sujet l’un des tous premiers articles, chronologiquement parlant, de ce blog)

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« Et puis, un jour, nous perdons pied » (Miguel de Azambuja avec Rimbaud, Walter Benjamin et quelques autres)

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Il faut lever les yeux.

Il faut regarder au loin

Il faut rêver.

Il faut perdre pied, danser, s’envoler.

Pour voir le monde tel qu’il est vraiment, pour voir la vie.

Le philosophe Walter Benjamin écrit un soir:

« C’est là une des sources de la poésie. Quand un homme, un animal ou un être inanimé, investi de ce pouvoir par le poète, lève les yeux, c’est pour regarder au loin; ainsi éveillé, le regard de la nature rêve et entraîne le poète dans sa rêverie. »

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Cela se trouve dans ses essais sous le titre « Sur quelques thèmes baudelairiens ».

C’est une référence que l’on déniche, au détour, dans un livre qui vient d’être publié dans la collection « Traces. Connaissance de l’inconscient » aux éditions Gallimard. L’auteur est le psychanalyste Miguel de Azambuja.

Miguel de Azambuja est originaire du Pérou. Il écrit dans la revue « Penser/Rêver ».

« Et puis, un jour, nous perdons pied » est le titre de ce livre.

Il y a, sans doute, bien des raisons et bien des façons de « perdre pied ».

Les pyschanalystes le savent. Mais chacun d’entre-nous tout autant, mais chacun d’entre-nous à notre manière.

Ce qui fait notre vie, une part de notre vie…

Exceptons les pertes pathologiques. Ce que fait souvent Miguel de Azambuja.

Il s’avère fertile de suivre quelques unes des voies qu’il explore ici.

I * Le deuil

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« Tout chagrin, toute douleur liée à la perte d’un être cher, n’a-t-il pas quelque chose d’inconsolable, d’inachevé, d’erratique? »

Ce dernier mot Azambuja l’emprunte explicitement à Roland Barthes (« Journal de deuil » éditions du Seuil).

Le deuil ne s’efface pas avec le temps, la perte demeure. Et ainsi l’être disparu n’est pas tout à fait disparu. Il revient sans cesse, peut-être comme Eurydice et comme le mythe d’Orphée le disent.

II *Le souvenir

« …Barthes parle de temps immobile, c’est le téléscopage des temps (dans la photographie) qui donne cette impression, ce « loin », « le souvenir qui est toujours maintenant » (selon l’expression cette fois d’un autre psychanalyste, Michel Gribinski dans « Le trouble de la réalité » éditions Gallimard).

Le souvenir est un « maintenant », pas un passé. C’est ce qu’Orphée aussi nous raconte.

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Le souvenir est un présent. Je me souviens, donc je suis. Cela pourrait être une formulation. Sans s’attarder car pas exactement conforme. Il faudrait à tout le moins éviter la « conséquence », le « donc ».

Azambuja fait référence à « La vipère » le film de William Wyler avec Bette Davis.

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« - La fille parle à un moment de « poudre de riz ».

- Toute ma petite enfance me revient. Maman. La poudre de riz. Tout est là, présent. Je suis là.

- Le Moi ne vieillit pas. (Je suis aussi « frais » que du temps de la poudre de riz) »

Autrement dit c’est à peu près Marcel Proust.

Le Moi, le « je suis », n’est que du présent. Il n’est que présence. Présence à soi.

III *Le temps passé, le temps présent

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A propos d’ »Intervista » le film de Fellini, Azambuja dit ceci:

« Chez Marcello (Mastroianni) et Anita (Ekberg, longtemps après « La dolce vita », donc) je ne trouve pas de nostalgie. Ils sont émus et regardent leur passé dans leur présent…Ils ont leurs rêves et leurs vies, et ils arrivent à faire vivre les uns avec les autres. »

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La vie se nourrit des rêves, du passé, des souvenirs qui sont du présent, qui « reviennent » toujours. Voici pourquoi il peut y avoir des fantômes. Les fantômes ne sont pas des figures du passé, ils ne sont pas morts, disparus.

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Il y a une présence constante de ce qui est perdu mais ne l’est jamais tout à fait. Aucune séparation, comme aucune disparition n’est parfaite.

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Il y a un « temps mêlé » (l’expression est de Jean-Baptiste Pontalis dans une préface à « Le délire et les rêves… » de Freud) « où le passé et le présent s’entremêlent ».

IV *Le rêve

Et aussi: « …quand le rêve habille le monde, il n’est plus un rêve et le monde n’est plus le monde mais leur étrange mélange. »

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Comme ces « figures » de Botticelli selon Azambuja en référence à Aby Warburg:

« …ils viennent juste de sortir d’un rêve pour s’éveiller à la conscience du monde extérieur. »

Et Walter Benjamin à nouveau:

« …il y a dans le rêve une zone bien précise où commence l’aube. » (« Esquisses sur Kafka » in « Rêves » éditions Le Promeneur)

L’aube commence dans le rêve. Le « réel » ainsi advient par le rêve.

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V *L’art e(s)t la vie

C’est Azambuja qui parle:

« …les productions artistiques sont des restes nocturnes: c’est la transformation d’une matière qui puise ses sources dans notre vie nocturne et qui va se loger à la lumière du jour. Réussir à faire migrer le rêve vers la vie, c’est cela, l’oeuvre d’art. C’est le lieu où nos restes nocturnes transformés, ont trouvé résidence. Toute la complexité consiste à maintenir vivant ce reste nocturne de telle sorte qu’il puisse nous toucher, et, en même temps, à lui proposer une forme qui le circonscrit et le délivre. »

Mais alors, allons au bout. En tout cas, à peine un peu plus loin.

La vie vit du rêve, elle est vie comme oeuvre d’art et comme rêve.

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C’est le rêve qui donne réalité et non qui s’y oppose.

Tout cela n’est possible, tout cela est ainsi parce que la vie comme le rêve sont d’abord autres choses qu’un monde comme représentation, comme extériorité et comme objet. (Même et peut-être surtout si nous sommes fascinés, aveuglés devrait-on dire sans doute, par les images de ce monde, par ce « monde/image ».)

VI *A Rimbaud ou la danse, le tremblement, les nouveaux chemins…

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Un « geste libre » dit Miguel de Azambuja c’est Rimbaud dans les « Illuminations » et le poème intitulé « A une raison »:

« Ta tête se détourne, le nouvel amour! Ta tête se retourne, – le nouvel amour! »

Du monde quotidien, par un geste poétique, donc libre, libre et poétique, Rimbaud nous conduit au monde amoureux.

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C’est le même geste, le même mouvement qu’il y a dans la danse. Ce que Miguel de Azambuja note comme son pouvoir de nous faire nous échapper des lois physiques.

C’est ce que dit aussi Jean-Baptiste Pontalis dans une autre référence que l’on trouve dans ce livre.

Pontalis écrit dans « Fenêtres » (éditions Gallimard) que « le pied ferme » nous empêche de décoller… de participer au mouvement de la vie, il nous conduit à « être à jamais séparé des sources de la vie ».

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C’est la même chose que dit un peu plus loin dans « Et puis, un jour,… » Azambuja:

« …le tremblement c’est la vie et sa perturbation. »

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L’équilibre est difficile à trouver. Le danseur le sait.

Mais on ne peut vivre sans « tremblement », sans bond, sans pouvoir sauter, sans frôler le vide et le précipice, sans vertige, sans équilibre incertain, sans incertitude.

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La vie va sur des chemins à inventer.

La vie n’est pas dans les chemins déjà tracés.

La vie est une surprise.

 



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