« Dans ton pays » ou « un poème retrouvé »

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(photographie M Arcens)

Dans ton pays

« …avançant le bras, on peut toucher parfois, dans la distance entre deux êtres, un instant du rêve de l’autre, qui va sans fin. » (Yves Bonnefoy. « Ce qui fut sans lumière »)

 

Les nuages passaient au loin, aux confins de la plaine. D’autres s’attardaient au bord de la mer.

Quand elle était accueillante ou lorsque que la tempête approchait.

Il y avait des maisons sur les collines et quelques villages se cachaient encore au creux des heures et des forêts.

La ville, elle, était incessante.

A l’heure de midi le vent s’agitât dans les arbres.

Dans la fulgurance fugitive de l’instant soudain surgit l’éclair.

La paix avait gagné et l’été ne pourrait plus jamais s’effondrer.

Le temps s’immobilisait enfin.

(M.A. mai 2009)

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(photographie M Arcens)

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(photographie M Arcens)

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(photographie M Arcens)

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(Yves Bonnefoy)

Selon le poète et traducteur Yves Bonnefoy « la poésie n’est pas identifiable à une vérité formulable; c’est rechercher le contact avec ce que la vie a d’immédiat… »

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Pierre Alechinsky a souvent illustré les poésies d’Yves Bonnefoy.

Il écrit un jour:

« J’aurais compris davantage ou encore moins, ou rien comme dans la plupart des rêves. »

On peut aussi écouter l’une des oeuvres de la musique d’aujourd’hui parmi les plus réussies: « L’homme de fumée » de Pascal Dusapin.

Cet opéra est l’une des plus belles « résonnances » de la poésie de notre temps.

C’est en cliquant sur le lien ci-dessous et en tout cas, sur le site musicme.

 http://www.musicme.com/Alain-Altinoglu/albums/Perela-L%27homme-De-Fumee-(Integrale)-0822186821688.html



Frank Burty Haviland: ce peintre à l’art moderne…

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(portrait de son épouse Joséphine Laporta par Frank Burty Haviland)

 

 

Frank Burty Haviland est un peintre dont la « trace » dans l’histoire de l’art contemporain est mineure.

Elle semble mineure.

Il est né à Limoges en 1886. Il est disparu en 1971 à Perpignan. Il repose à Céret.

Frank Burty Haviland est un peintre dont le talent doit être perçu avec attention.

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(Frank Burty Haviland)

Il sut par exemple, mieux que quiconque, faire voir ce qui ne s’aperçoit pas.

Il fut, très tôt, cubiste.

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(portrait de Joséphine 1903)

Il était, peut-être avant bien d’autres, entouré de masques africains.

Quand il peignit tout de bleu l’un de ses plus grands tableaux, il amena au premier plan cette couleur qui était celle des montagnes des Albères et que l’on voyait au loin. Que l’on peignait au loin. Qu’il rendit toute proche. La nature tout entière, les arbres, les feuilles que nous touchons, qui sont là à côté du personnage sur la terrasse des « Capucins » à Céret, sont bleus. Tout est comme bleu.

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(Les « Célestins »)

Frank Burty Haviland voyait des choses que d’autres ne voyaient pas. Il voyait ce que d’autres ne pouvaient imaginer. Comme cet arbre qui se déploie dans l’espace, qui occupe l’espace, non seulement celui du tableau, mais qui devient cet espace, qui fait l’espace lui-même, cet arbre qui nous montre ce qu’être est. Cet arbre que Frank Burty peint tout en fleurs roses quand tout le reste du tableau, tout le reste du paysage est accablé du froid de l’hiver.

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(Déodat de Séverac à Céret)

C’est sans doute de la même manière, pour la même raison, que très tôt, Frank Burty Haviland côtoya Picasso, Braque, Gris, Jacob, Modigliani.

C’est son professeur de piano Ricardo Vines qui lui fit rencontrer le compositeur Déodat de Séverac et par lui Manuel Martinez Hugué (autrement nommé « Manolo »).

Et Manolo qui était à Céret, qui était l’ami de Picasso… Tout le monde se retrouva à Céret.

Qu’André Salmon nomma « Mecque »; la « Mecque du cubisme », dit-il.

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Et Dieu -le dieu des artistes, bien sûr-, Dieu seul sait véritablement le rôle que joua Frank Burty Haviland pour aider Picasso, Braque et beaucoup d’autres.

Sans Frank Burty Haviland l’art moderne n’aurait sans doute pas été tout à fait ce qu’il fut! Picasso lui doit beaucoup.

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(une dédicace de Picasso)

Il le lui dit, le lui témoigna.

Mais le sait-on? Et, plus encore veut-on le dire? Veut-on même le penser?

Frank Burty Haviland, avec Pierre Brune créa le Musée d’art moderne de Céret.

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Il persuada Picasso et beaucoup d’autres de donner quelques-unes de leurs œuvres. Picasso ce fut plus de cinquante.

Aujourd’hui encore, plus que jamais le musée de Céret fait vivre l’art moderne. Et aussi l’art contemporain. Il est, en façade, l’œuvre d’Antoni Tapies. Miro y fit une exposition inoubliable. Ses œuvres comme celles de tant d’autres y habitent.

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(Pierre Brune et sa femme Miette)

En 2007 et 2008 le musée a acquis soixante toiles, plus de six cents dessins, pastels, aquarelles, gravures signés Frank Burty qui en fut son conservateur de 1956 à 1961. Après Pierre Brune.

Avant Joséphine Matamoros qui en assure la vitalité depuis près de vingt-cinq ans.

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(Joséphine Matamoros, conservateur du Musée de Céret « recevant » Chagall)

Et qui a organisé une rétrospective Frank Burty Haviland  (5 décembre 2009/31 mai 2010.)

La mémoire qui est dûe à Frank Burty, à l’homme, à l’artiste, au « visionnaire » de l’art ne faiblira plus.

Il y a parfois des artistes que l’on perçoit aujourd’hui comme « mineurs » mais dont la place, le rôle, furent majeurs.

On peut ici écouter Déodat de Séverac qui n’est ni Debussy, ni Ravel.

Mais ses « Baigneuses au soleil » sont un moment sans oubli.

http://www.musicme.com/Deodat-De-Severac/albums/Baigneuses-Au-Soleil—Cerdana—Sous-Les-Lauriers-Roses—Les-Naiades-Et-Le-Faune-Ind-3760005565436.html

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(les « Baigneuses »)

Les principales sources iconographiques et d’information contenues dans cet article proviennent du Musée de Céret et de son site internet.

 



Cette invisible musique…

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(Cecilia Arditto, photographie de Marilyn Mouradian)

Née à Buenos-Aires (Argentine) en 1966, la musicienne Cecilia Arditto a composé une « Musique invisible ».

Cecilia Arditto a composé aussi « El libro de los gestos ». Parmi d’autres oeuvres que l’on peut trouver sur différents sites et notamment sur celui de Cecilia: www.ceciliaarditto.com  

(Dans la rubrique « liens » on trouve maintenant cette adresse ainsi que celle de l’excellent et très beau blog de Cecilia « la cocina de Ce »)

Que la musique puisse être vue, qu’il y ait des gestes de la musique, qu’ils se reflètent ou non dans un miroir (comme on peut le croire sur quelques vidéos) cela est aussi certain que la musique s’écrit parfois avant d’être « jouée ».

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 (photographie Marilyn Mouradian)

Mais que la musique soit invisible cela doit être réfléchi.

« La musique pourrait exister si le monde n’existait pas » dit Arthur Schopenhauer (« Le monde comme Volonté et comme Représentation » livre III, §52).

Pensons à cette extraordinaire aventure d’August von Briesen. Sans voir, dans le noir, il dessinait les musiques qu’il entendait: Beethoven, Lizst, Bartok…Ses dessins ne représentaient pas la musique. Ils étaient comme une interprétation de celle-ci, pas davantage que celle de tel ou tel orchestre. Ses dessins étaient de la musique. Il ne la rendait pas visible.

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(Cecilia Arditto photographie Marilyn Mouradian)

« La musique représente l’irreprésentable, la face cachée des choses…elle est la reproduction d’une réalité antérieure, métaphysique, qui constitue le fond de l’être et l’essence intime de toute chose… »écrit Michel Henry dans son étude sur Briesen (in « Phénoménologie de la vie » III PUF).

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Certaines oeuvres de Cy Towmbly, elles aussi ne montrent rien mais elles nous embrassent: elles nous entraînent jusqu’au mouvement originaire qui nous rend à nous-mêmes et que l’on appelle peut-être « le naturel » ou « la spontanéité » ou « l’enfance »…

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(Cecilia Arditto photographie Marilyn Mouradian)

La « Musique invisible » de Cecilia Arditto exprime par l’entremise des sons la même chose que les dessins de Briesen ou les tableaux, les sculptures, les photographies de Cy Towmbly: quelque chose qui est avant les sons, avant le dessin ou la peinture.

C’est ce que Schopenhauer appelait « la Volonté ».

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Nietzsche après lui, disait en outre: « la vie », « la danse » ou même « le rire »!

« Nul n’a jamais vu la vie et ne la verra jamais », écrit Michel Henry (op cit).



Un voyage avec Gauguin: « une musique de sauvage » (chapitre II)

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Dans « Noa noa », Paul Gauguin écrit à son propos:

« …il restera toujours le souvenir d’un artiste qui a libéré la peinture…dans mes oeuvres il n’y a rien qui surprenne, déroute, si ce n’est ce « malgré moi de sauvage », c’est pourquoi c’est inimitable. »

gauguinselfportrait.jpg  Les tableaux de Paul Gauguin sont donc devenus, au coeur de l’océan Pacifique, des « musiques composées par un sauvage ». 

Depuis Tahiti, en 1899, il écrit une lettre à André Fontaines où il dit:

 » Violence, monotonie de tons, couleurs arbitraires…ces répétitions…au sens musical de la couleur, n’auraient-elles pas une analogie avec ces mélopées orientales…Pensez aussi à la part musicale que prendra désormais la couleur dans la peinture moderne. La couleur qui est la vibration de même que la musique… »

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Treize années auparavant, en 1886, on pouvait lire ces mots, prévoyants de l’avenir:

 » La musique offre aux passions le moyen de jouir d’elles-mêmes…Nul ne devinera d’après ma peinture la splendeur de votre aurore, étincelles soudaines, merveilles de ma solitude… »

Dans « Par delà le Bien et le Mal » comme dans toute son oeuvre, Friedrich Nietzsche est musicien, musicien et peintre, ce qui est la même chose. Ce qui est la même chose qu’être artiste ou philosophe. 

La philosophie de Nietzsche est toute une musique. Elle est une musique du corps: elle est une danse.

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De même les musiques de Polynésie, encore aujourd’hui: « ute », « hymene », « tamure »…sont des danses. Même si on ne fait que les jouer ou les entendre. Elles sont des chants: ce qui est tout pareil.

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En 1902, Paul Gauguin, lui aussi prévoyant, aussi prophète que les « nabis » eux-mêmes, dit:

« Ne vous y trompez pas, Bonnard, Vuillard, Sérusier, pour citer quelques jeunes, sont des musiciens… »

Assuré qu’en Polynésie (« là où la musique n’est que danse, là où l’âme n’est rien d’autre que le corps ») on se situe au-delà de toutes les valeurs. Surtout quand elles sont entendues comme « morales », « moralisantes » ou « moralisatrices ».

Alors Gauguin prétend:

« Le noa noa tahitien embaume tout. Moi je n’ai plus conscience du jour et des heures, du mal et du bien: tout est beau, tout est bien. »

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 Il peut écrire à August Strindberg le 5 février 1895:

« L’Eve que j’ai peinte (elle seule), logiquement peut rester nue devant nos yeux. La vôtre en ce simple état ne saurait marcher sans impudeur, et, trop belle (peut-être), serait l’évocation d’un mal et d’une douleur ».

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C’est ainsi que Paul Gauguin est un sauvage! Non pas un « bon sauvage », ou alors un sauvage qui ne connaîtrait que ce qui est bon et plus ce qui est bien ou mal.

« Ce qu’on fait par amour s’accomplit toujours par delà le bien et le mal »: c’est là l’affirmation proférée par Nietzsche!

Exactement au même moment (1892), Gauguin écrit de son côté:

« La civilisation s’en va petit à petit de moi. Je commence à penser simplement… »

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Paul Gauguin est un « sauvage » et un « musicien ». Sans doute parce qu’il est un peintre.

Dans une entretien avec Eugène Tardieu, publié par « L’Echo de Paris » le 15 mars 1895, le peintre sauvage s’exclame: 

« Tout dans mon oeuvre est calculé, médité longuement. C’est de la musique, si vous voulez! »

Voici pourquoi Paul Gauguin est sans doute un philosophe. Au sens où Nietzsche le fut. Un sauvage et un musicien: c’est tout comme! Comme un peintre!

C’est ainsi que s’écrivait dès 1872  »La naissance de la tragédie »:

« La musique, c’est l’idée vraie du monde…la musique atteint immédiatement au coeur. »

Comme la peinture et les couleurs de Paul Gauguin.



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