« Epreuve de soi et vérité du monde: depuis Michel Henry » par Roland Vaschalde

 

Roland Vaschalde

Roland Vaschalde

Après un livre intitulé « A l’Orient de Michel Henry » Roland Vaschalde publie aujourd’hui aux éditions Orizons « Epreuve de soi et vérité du monde : depuis Michel Henry ».

Ce livre, au titre d’une subtile intelligence, est composé de douze textes écrits en quelque sorte « au fil » des réflexions de l’auteur, toutes en résonnance étroites avec la pensée de Michel Henry, même si (et, sans doute, parce que) les thématiques abordées sont parfois assez lointaines de celles du philosophe comme, le sont par exemple, l’œuvre de Salvador Dali, la Kabbale ou la maladie d’Alzheimer.

On y lira (ou relira) aussi un texte, intitulé « Tout voir » publié sur le blog « L’Instant ». C’était en 2009.

La lecture de ce dernier livre de Roland Vaschalde manifeste l’extraordinaire fertilité de la pensée de Michel Henry, fertilité qui a souvent été soulignée par ses nombreux commentateurs. Les lecteurs familiers de la phénoménologie matérielle n’en seront donc pas surpris et trouveront à coup sûr un intérêt insigne à chacun de ces textes. D’une part en raison souvent de leurs thématiques originales, comme il vient d’être dit, d’autre part parce qu’ils sont tous menés d’une écriture rigoureuse et d’une pensée sans faille.

 

Il faudrait cependant que le lecteur ne se laisser pas emporter par ce que l’on pourrait nommer « l’intelligence » qu’il aurait, en particulier ici, avec la philosophie de Michel Henry.

Celle-ci est d’une grande cohérence et marque à coup sûr une étape considérable dans l’histoire de la pensée. Son caractère absolu – en ce sens qu’elle est essentielle, que son écriture est d’une rigueur de chaque instant en même temps que, souvent, d’une véritable et grande beauté, dépasse ce que l’on appelle parfois « la pensée occidentale ». Le précédent ouvrage de Roland Vaschalde l’avait, à sa manière, souligné.

 

Mais « ne pas se laisser emporter » a aussi deux significations :

La première veut dire qu’il est nécessaire de dépasser le cadre déjà très large du champ de réflexion de l’auteur lui-même. On peut dire que sur ce point Roland Vaschalde réussit parfaitement le projet.

La seconde est que toute actualité d’une pensée ne peut demeurer qu’au travers de la critique, à savoir au travers des interrogations que l’on doit porter alors même peut-être que l’on est en accord avec elle. Car enfin, toute pensée ne demeure présente que si elle suscite des interrogations nouvelles.

 

Michel Henry

Michel Henry

Si fertile et généreuse soit-elle, et sans doute pour cette raison même, la phénoménologie matérielle, ne dit pas tout sur tout et, plus encore ce faisant, elle ne peut que laisser apparaître des questionnements sans réponse. Là apparaît son véritable « génie », dans ce qu’elle nous laisse encore comme « impensé ».

La phénoménologie matérielle n’est de toute évidence pas une « doctrine » ou un « système » qui pourrait avoir réponse à tout (ou, en tout cas, à une multitude indéfinie de problématiques).

La philosophie de Michel Henry trouve sa richesse dans ce qu’elle nous laisse comme questions. Peut-être sans fin.



« Un caillou dans un creux », un livre comme l’espoir

Il y a des livres qui racontent des histoires, d’autres qui expliquent ce qu’est le monde. Il y a toutes sortes de livres dans des bibliothèques sans fins.

Il y a des livres qui enchantent, qui font rêver. Il y a des livres qui instruisent et qui éclairent.

Il y a des livres. Il y a des livres dans les temps de détresse. Malgré tout ce qui advient à l’histoire des hommes. Il y a des livres dans les temps heureux.

Mais, si l’on a de la chance, certains d’entre nous, parfois, sont saisis, non par un livre plutôt qu’un autre mais par ce qu’on pourrait dire « Le Livre ». Non que ce livre serait exemplaire, qu’il serait au-dessus de tous les autres, plus réussi que les autres. Non : « Le Livre » n’est pas tout à fait du même monde que les autres livres.  C’est plutôt comme s’il les précédait. Peut-être même a-t-il le pouvoir de les fonder, de les générer, de leur permettre d’exister, de voir le jour, de voir la nuit.

 

Il y a peu de ces livres-là. Il n’y en a sans doute même qu’un seul. Par principe. Un seul qui, cependant, peut prendre quelques formes différentes. Suivant nos vies, suivant sa propre vie.

Ce livre évoqué ici est donc, par définition encore, inclassable. Parce que rien ne lui ressemble vraiment. Lorsqu’on se dit qu’il est ceci ou qu’il est cela, il suffit d’une fraction la plus infime du temps pour que l’on comprenne qu’il ne s’agit pas de ça. Qu’il est plus important que tout cela car il est comme une source primordiale.

 

« Un caillou dans un creux » que vient de publier Jérôme Thélot est ainsi.

Ce livre est « Un Livre ». Non pas un grand livre parmi des milliers d’autres livres mais un livre fondateur ; en quelque sorte indépassable, hors de toute comparaison.

« Un cailloux dans un creux » échappe à toute analyse, à tout commentaire. Il faut résister  à cette tentation de le décrire et, au contraire, laisser intacte sa part essentielle de mystère, celle qui nous éclaire et nous rend à notre propre vie. Tout le reste serait mal-dit…

Comme par discrétion « Un caillou dans un creux » se présente comme des « Notes sur le poétique ». Pourtant le lecteur saura très vite, dès les premières pages et dès les premiers mots sans doute que chaque paragraphe, chaque phrase dit l’essentiel. Cela même qui se trouve à la toute fin de cet ouvrage : « Poésie est le nom de la mémoire quand se faisant désécriture, elle rend l’individu à son essence immémoriale. »

Et Verlaine en toute fin : « L’espoir luit comme un caillou dans un creux. »

 

« Un caillou dans un creux » par Jérôme Thélot (éditions Manucius/distribution Harmonia Mundi 15€)



« Les avantages de la vieillesse et de l’adversité » essai sur Jean-Jacques Rousseau par Jérôme Thélot

 

Voici un livre qui devrait nous rassurer. Rassurer tous les hommes (et toutes les femmes cela va de soi – si on veut l’écrire ainsi). Tous ceux qui craignent le « naufrage » de la vieillesse, eux qui sont – si l’on en croit la démographie de la France et de maints pays réputés, il y a peu encore, être  -« riches » –  de plus en plus nombreux.

« Les avantages de la vieillesse et de l’adversité » sous-titré « essai sur Jean-Jacques Rousseau » est signé de Jérôme Thélot et publié chez Encre-Marine/Les Belles Lettres.

 

Voici donc un ouvrage essentiel. Parce qu’il nous éclaire sur nous-mêmes. Sur Jean-Jacques Rousseau bien sûr, sur la fin de son œuvre et de sa vie plus particulièrement. Mais par là sur toute sa pensée, sur ce qui la fonde et sur ce qu’elle nous dit, à chacun de nous – pour notre propre vie – avec une force, une puissance, une intelligence qui font de cet écrivain, si étudié, si raillé aussi, l’un des philosophes les plus importants qu’il puisse nous être donné de rencontrer. Si l’on veut bien, sur les pas de Jérôme Thélot, suivre ceux de Rousseau. En le lisant comme le fait l’auteur, comme il nous y invite, grâce à lui, avec lui, avec une intelligence extrême, avec un regard aigu, une sensibilité aussi, essentielle sans doute à cette même compréhension.

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Que Jean-Jacques Rousseau fut persécuté, nous le savons. Il nous l’a dit maintes fois. Et, devenu vieux, il le fut plus encore qu’auparavant. La vieillesse semblerait ainsi se doubler d’une adversité, de toutes les adversités possibles. Pourtant, Jean-Jacques Rousseau vécu la fin de sa vie comme une renaissance, un commencement second comme l’écrit Jérôme Thélot. Et, au travers de trois épisodes de sa vie l’auteur nous montre le sens de la vieillesse, ce qu’elle nous dit du monde et, plus fondamentalement, ce qu’elle nous dit de nous-mêmes et de la vie tout entière.

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Et l’on verra que la fin de la vie est ici un commencement. Ou plutôt un recommencement. Quelque chose que l’on pourrait dire « une renaissance ». Comme la connaissance de tout commencement, de toute origine, de toute vie vivante, de « l’état de nature » aussi bien. Rousseau se trouve, en ce temps-là de son existence, en une sorte « d’aujourd’hui » permanent, hors du temps et de la chronologie, avant toute étape de la vie, la vieillesse ayant cette sorte d’avantage extraordinaire de nous placer avant toute temporalité, là où l’existence trouve son origine. Et « il s’ensuit qu’il peut cesser d’écrire, et qu’il cesse en effet (…, car) il sait qu’il a non seulement vécu mais recommencé de vivre, libre de honte et de vengeance, ressuscité des remords » (pp 130,131)

 

Parce qu’il décrit cette expérience et qu’il dévoile ainsi la pensée, la philosophie la plus profonde, intime et réfléchie de Rousseau, Jérôme Thélot signe un livre singulièrement important. Parce qu’il dit de Rousseau l’essentiel (non pas qu’il en ferait en quelque sorte la synthèse mais qu’il en dit le génie, souvent inaperçu, incompris, mal saisi) et encore davantage là même où il désigne à ses lecteurs, à chacun d’entre nous – férus, familiers de philosophie ou non, à nous tous donc – ce que nous sommes, « des hommes simples », simplement des hommes.



A l’Orient de Michel Henry par Roland Vaschalde

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Voici un livre[1] qui interroge, qui s’interroge, qui affirme aussi – et cela chaque fois que c’est nécessaire, jamais davantage. Voici donc un livre rare. Ce livre commence (presque) par une question, celle du philosophe Michel Henry (1922-2002) à laquelle ce dernier apporte lui-même une réponse, une réponse cependant qui ouvre un champ considérable de questionnement pour qui veut bien y prêter justement attention. Cette question est celle-ci : « Comment… parvenir à la vie véritable pour l’homme naturel perdu dans le monde ? Question mal posée : dans la vie, nous y sommes déjà »[2]

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Dans ce livre l’auteur met en regard (comment le dire autrement ?) au travers d’une quinzaine de textes (autant de fragments) ce que l’on pourrait appeler les « philosophies orientales » avec l’œuvre de Michel Henry. Ce projet pourrait surprendre, notamment de ce côté du monde, pour ceux qui sont peut-être plus familiers avec la lecture et la compréhension d’un penseur de l’Occident qu’avec les dites philosophies venues du côté du monde où le soleil (pour nous) se lève. Même si elles sont « à la mode », même si on feint parfois de les connaître et de les comprendre. Ce projet pourrait surprendre d’autant plus – mais on ne précisera pas ici pourquoi, il y faudrait une étude entière sans doute ! – que les incompréhensions du bouddhisme, de la pensée zen, de certaines religions hindoues sont aussi totales que celles qui concernent parfois la phénoménologie matérielle dont Michel Henry, penseur génial à nos yeux, non seulement de notre temps mais plus profondément encore de notre condition la plus fondamentale, fut le fondateur dès le mi-temps du XX° siècle. A cause même de cela on pourrait dire que les unes et l’autre ne sont pas aussi étrangères qu’il semblerait à un premier regard même averti des unes et de l’autre, précisément. C’est ce que Roland Vaschalde, dans une quinzaine de textes montre et démontre avec – et c’est souvent une sorte de tour de force – une simplicité, une évidence totales en même temps qu’avec une grande culture, une formidable connaissance tant de l’Orient que de Michel Henry dont il fut l’élève et l’ami, parfois le confident intellectuel.

statuette-bouddha-maigre-300x199 éditions Orizons

Lorsqu’on n’est pas féru de textes venus de l’Orient on se passionnera de toute façon pour ce livre. Parce qu’il les fait découvrir avec ce que l’on peut bien, sinon comprendre, au moins ressentir, comme une grande pertinence. On se passionnera pour ce livre, si l’on est convaincu que la philosophie de Michel Henry constitue une pensée considérable d’intelligence pour les hommes que nous sommes, nous qui vivons et qui n’avons de cette vie précisément, le plus souvent dans notre culture, dans nos savoirs, qu’une conception erronée. On se passionnera pour ce livre parce que, de la phénoménologie de la vie il dit, là aussi de façon simple, totalement pertinente, quelque chose qui aurait du être prononcé depuis longtemps par les commentateurs (pourtant souvent extrêmement avertis) de Michel Henry, qu’une philosophie de l’immanence qui se dit dualiste serait contradictoire si « l’idée de dualité, dans ce cas, n’avait pas une valeur tout à fait spéciale lorsqu’elle intervient pour caractériser les structures ultimes de l’être. Elle ne signifie plus alors… une dualité de deux termes à l’intérieur d’une même région ontologique, mais plutôt l’absence de toute dualité, car elle est ce qui rend possible l’expérience, qui est toujours une unité »[3]

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L’intérêt de ce livre est donc au moins double. Il est tout autant, en effet, celui de montrer que la vérité n’a besoin d’aucun savoir constitué  pour se dévoiler, qu’elle est ce dévoilement et qu’elle se confond avec ce qu’elle est précisément, son propre auto-dévoilement[4] que celui de rapprocher les analyses de Michel Henry avec quelques textes orientaux que le philosophe pourtant ignorait.

a-l-orient-de-michel-henry-191x300 Michel Henry


[1] « A l’Orient de Michel Henry » par Roland Vaschalde éditions Orizons collection La main d’Athéna

[2] Michel Henry « De la phénoménologie », PUF.

[3] A l’Orient de Michel Henry p 91

[4] Ibid. p 101



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