La danse, la photographie: esquisse d’une « phénoménologie »

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Reprise d’un article antérieur: nouveau titre, nouvelles illustrations ou comment comprendre le mouvement de la danse et l’instantané de la photographie à la lumière de la phénoménologie…

 

 

La danse, la photographie: esquisse d'une ladanseetlaphotographie31.pdf

 

 



Lou Andreas-Salomé: une vie

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On lira avec beaucoup d’intérêt l’excellente biographie de Lou Andreas-Salomé qui vient de paraître chez Folio Gallimard signée de Dorian Astor.

Lou Andreas-Salomé est une figure si singulière dans l’histoire de la pensée! De Nietzsche à Freud en passant par Rilke (et bien d’autres, innombrables intellectuels et artistes de son temps), elle fut de la même lignée que ces trois-là qui sont au sommet de leur époque et de toute les époques, eux qui, d’une façon ou d’une autre, n’ont pas été dépassés.

Sans doute parce qu’atteindre leurs sommets constitue déjà un acte dont nous sommes difficilement capables aujourd’hui comme hier. En tout cas pas davantage.

Sait-on vraiment que « La question n’est jamais le bonheur ou la vérité, mais l’affirmation de la vie… » ? Et que oui, telle est la question.

Lou écrivait ainsi dans le livre qu’elle consacra à Nietzsche:

« Pris inextricablement aux rêts de l’existence, enchaînés sans espoir à son cercle fatal, nous devons apprendre à dire « oui » à toutes formes que prend la vie… »

On réduit, il me semble trop souvent, la figure de Lou Andreas-Salomé aux passions amoureuses accomplies pour certaines seulement, ainsi qu’à une oeuvre secondaire, celle d’une « admiratrice, d’une élève, d’un épigone.

C’est faire trop peu de cas de ses propres intuitions, de sa persuasion, de son affirmation de soi: de sa vie.

Cette biographie est un chemin passionnant et éclairant sur Lou Andreas-Salomé, sur tous ceux qu’elle a cotoyé et, encore davantage il me semble, sur nous-mêmes.



L’enfance de Dionysos

« L’enfant ne peut pas vivre

sans rien briser… »

(Friedrich Nietzsche. « Sur l’eau », derniers fragments; automne 1888 éditions Gallimard Poésie)

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(Martial Raysse « L’enfance de Dionysos »)

Zeus a une « aventure » avec Sémélé; la fille du roi Cadmos de Thèbes.

Sémélé est un autre nom de Séléné, la lune qui signifie la femme, la déesse-mère…

L’épouse légitime, furieuse, jalouse, Héra donc, se déguise en vieille voisine.

Elle dit à Sémélé:

« Demande donc à ton amoureux de se montrer tel qu’il est. Puisqu’il se cache à toi, que tu ne peux voir son visage. Il ne peut te tromper davantage… »

Et Zeus alors, parce qu’il se « montre », foudroit Sémélé enceinte de six mois.

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Hermès sauve l’enfant. Il le « coud » dans la « cuisse » de Zeus.

Trois mois plus tard, à sa naissance, Dionysos, ainsi nommé, est aussi appelé « Le fils de la double porte ». Ou encore le « Deux fois né ».

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Héra n’a pas dit son dernier mot: sur son injonction les Titans s’emparent de Dionysos. Il a la tête cornue et entourée de serpents. C’est ainsi que l’aperçoivent les Titans pour la première fois.

Il faut leur force pour le découper et le brûler dans un chaudron.

Là où son sang vient de se répandre, surgit un grenadier.

Sa grand-mère Réha (épouse de Cronos et donc mère de Zeus lui-même) intervient et sauve la vie de Dionysos enfant; comme elle avait autrefois sauvé Zeus, l’empêchant d’être dévoré par son père.

Désormais, Dionysos est ainsi comme trois fois né. Fils de la lumière, de la lune et par la volonté de la propre mère du roi des dieux et des hommes.

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Déguisé en fille, Dionysos se retrouve protégé par le roi  Athamos d’Orchomène et par son épouse, la reine Ino. 

On l’appelle aussi Leucothé. Elle n’est autre que la « déesse blanche », celle qui « rend vigoureux ». On lui rend hommage dans des orgies ityphalliques. Ce qui veut dire qu’à cette époque on sacrifiait de jeunes garçons avant les semailles.

C’est pour cela que Dionysos est déguisé en fille. 

Ce qui veut dire que la venue de Dionysos au monde va amener la fin de ces pratiques. 

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Mais Héra veille encore de sa jalousie…

Dionysos fuit sur le mont Hélicon. Là six nymphes le dorlottent. Elles le nourissent de miel. Elles l’élèvent comme une fille. C’est ainsi qu’Achille, lui aussi est élevé: « dans l’obscurité » disent les Grecs.

Pendant longtemps on représente Dionysos comme un jeune homme aux cheveux très longs, efféminé.

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(Les Hyades)

Plus tard, les six nymphes deviennent, dans le ciel, ces étoiles qu’on appelle les Hyades, celles qui font venir la pluie. 

Elles s’appellent aussi « Les hautes », « Les passionnées », « Les rugissantes », « Les furies ».

Lorsqu’il devient un homme , Héra reconnaît enfin Dionysos comme le fils de Zeus. En dépit de son air efféminé.

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Mais elle le condamne à parcourir le monde avec son précepteur Silène et son armée de Satyres accompagnée des Ménades sans cesse déchaînées.

Dionysos est partout sur la terre. La terre est son territoire. Partout où il se trouve, il est chez lui.

Dionysos enfant, en tant qu’enfant a commencé à briser les rites anciens.

On l’a vu pour le sacrifice des garçons.

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Dionysos est né, (parce qu’il est né plusieurs fois), comme celui par lequel la civilisation va s’accomplir. La civilisation totale ou plutôt celle qui intègre la nature, qui vient de la nature et de sa force vivante et constante, de la nature chaque fois qu’elle est la vie: celle-là même des Satyres et des Ménades.

Dionysos, un peu plus tard, renversera les vieux rites de la bière et de l’hydromel pour les remplacer par ceux du vin. Et il n’y aura plus jamais de rite sans vin. Et sans ivresse? Est-ce possible?

Parce qu’il naît plusieurs fois, (né, mort et ressucité), Dionysos est le signe même de la vie qui est la vie: la vie qui est survie, la vie qui est redoublement d’elle-même, qui s’affirme comme sa propre volonté, comme volonté d’être la vie.

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« Dionysos est l’affirmation pure et multiple, la vraie affirmation, la volonté affirmative » (Gilles Deleuze in « Mystère d’Ariane » Le Magazine littéraire n°298, avril 1992 « Les vies de Nietzsche »)

C’est pour cela qu’enfant il doit « briser » ce qui est.

A la seule fin d’affirmer ce qu’il est. Pour affirmer qu’il est!

Et, poursuivi par Héra, poursuivi en quelque sorte par les anciennes traditions, il devra briser bien des interdits pour triompher. Pour faire comprendre cela.

Pour vivre. Pour dire la vie. Pour être cette vie même, qui procède de soi et se déploie à partir de soi.

Dionysos est toujours un enfant! Dionysos est enfant: il est l’enfance.

L’enfance parce qu’elle ne craint rien. Ni de briser, de casser, de crier de joie ou de peur. Parce qu’elle est.

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A Gênes, au mois de janvier 1882, Nietzsche dit:

« Amor fati : que ceci soit désormais mon amour!.. Et à tout prendre : je veux à partir d’un moment quelconque n’être plus autre chose que pure adhésion. » (« Le gai savoir »)

Dionysos est pure adhésion à lui-même. Il est « la plénitude de la vie, son éternelle venue en soi qui rend transparente son ultime figure, la noblesse. » (Michel Henry  in « Les dieux naissent et meurent ensemble » « Généalogie de la psychanalyse PUF éditeur).

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C’est ainsi qu’il aime Ariane, un peu plus tard. Il n’est plus un enfant, bien sûr. Mais il l’aime comme un enfant. C’est un « coup de foudre ». C’est là, sans doute, tout « l’art » de Zeus son père!

Dionysos aime Ariane comme il s’aime lui-même. Parce qu’il n’y a pas deux amours. Parce que l’amour est union. Parce que l’amour est unique et que, comme la vie, il revient toujours. Parce que l’amour comme la mère de Dionysos, Sémélé, est constance. Et qu’il ne peut être autrement sans s’oublier lui-même.

L’amour est comme l’enfance. Comme l’enfance de Dionysos est l’amor fati, l’amour de la vie.

Dionysos « ne désire plus rien que la vie, éternelle confirmation, cette dernière, éternelle sanction. » (Friedrich Nietzsche  « Le gai savoir » édtions Gallimard cité par Michel Henry op. cit.)

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Alors, avec Ariane, en cet instant, en cette éternité, Dionysos peut chanter et danser… et demeurer un enfant.



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