« Les avantages de la vieillesse et de l’adversité » essai sur Jean-Jacques Rousseau par Jérôme Thélot

 

Voici un livre qui devrait nous rassurer. Rassurer tous les hommes (et toutes les femmes cela va de soi – si on veut l’écrire ainsi). Tous ceux qui craignent le « naufrage » de la vieillesse, eux qui sont – si l’on en croit la démographie de la France et de maints pays réputés, il y a peu encore, être  -« riches » –  de plus en plus nombreux.

« Les avantages de la vieillesse et de l’adversité » sous-titré « essai sur Jean-Jacques Rousseau » est signé de Jérôme Thélot et publié chez Encre-Marine/Les Belles Lettres.

 

Voici donc un ouvrage essentiel. Parce qu’il nous éclaire sur nous-mêmes. Sur Jean-Jacques Rousseau bien sûr, sur la fin de son œuvre et de sa vie plus particulièrement. Mais par là sur toute sa pensée, sur ce qui la fonde et sur ce qu’elle nous dit, à chacun de nous – pour notre propre vie – avec une force, une puissance, une intelligence qui font de cet écrivain, si étudié, si raillé aussi, l’un des philosophes les plus importants qu’il puisse nous être donné de rencontrer. Si l’on veut bien, sur les pas de Jérôme Thélot, suivre ceux de Rousseau. En le lisant comme le fait l’auteur, comme il nous y invite, grâce à lui, avec lui, avec une intelligence extrême, avec un regard aigu, une sensibilité aussi, essentielle sans doute à cette même compréhension.

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Que Jean-Jacques Rousseau fut persécuté, nous le savons. Il nous l’a dit maintes fois. Et, devenu vieux, il le fut plus encore qu’auparavant. La vieillesse semblerait ainsi se doubler d’une adversité, de toutes les adversités possibles. Pourtant, Jean-Jacques Rousseau vécu la fin de sa vie comme une renaissance, un commencement second comme l’écrit Jérôme Thélot. Et, au travers de trois épisodes de sa vie l’auteur nous montre le sens de la vieillesse, ce qu’elle nous dit du monde et, plus fondamentalement, ce qu’elle nous dit de nous-mêmes et de la vie tout entière.

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Et l’on verra que la fin de la vie est ici un commencement. Ou plutôt un recommencement. Quelque chose que l’on pourrait dire « une renaissance ». Comme la connaissance de tout commencement, de toute origine, de toute vie vivante, de « l’état de nature » aussi bien. Rousseau se trouve, en ce temps-là de son existence, en une sorte « d’aujourd’hui » permanent, hors du temps et de la chronologie, avant toute étape de la vie, la vieillesse ayant cette sorte d’avantage extraordinaire de nous placer avant toute temporalité, là où l’existence trouve son origine. Et « il s’ensuit qu’il peut cesser d’écrire, et qu’il cesse en effet (…, car) il sait qu’il a non seulement vécu mais recommencé de vivre, libre de honte et de vengeance, ressuscité des remords » (pp 130,131)

 

Parce qu’il décrit cette expérience et qu’il dévoile ainsi la pensée, la philosophie la plus profonde, intime et réfléchie de Rousseau, Jérôme Thélot signe un livre singulièrement important. Parce qu’il dit de Rousseau l’essentiel (non pas qu’il en ferait en quelque sorte la synthèse mais qu’il en dit le génie, souvent inaperçu, incompris, mal saisi) et encore davantage là même où il désigne à ses lecteurs, à chacun d’entre nous – férus, familiers de philosophie ou non, à nous tous donc – ce que nous sommes, « des hommes simples », simplement des hommes.



A l’Orient de Michel Henry par Roland Vaschalde

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Voici un livre[1] qui interroge, qui s’interroge, qui affirme aussi – et cela chaque fois que c’est nécessaire, jamais davantage. Voici donc un livre rare. Ce livre commence (presque) par une question, celle du philosophe Michel Henry (1922-2002) à laquelle ce dernier apporte lui-même une réponse, une réponse cependant qui ouvre un champ considérable de questionnement pour qui veut bien y prêter justement attention. Cette question est celle-ci : « Comment… parvenir à la vie véritable pour l’homme naturel perdu dans le monde ? Question mal posée : dans la vie, nous y sommes déjà »[2]

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Dans ce livre l’auteur met en regard (comment le dire autrement ?) au travers d’une quinzaine de textes (autant de fragments) ce que l’on pourrait appeler les « philosophies orientales » avec l’œuvre de Michel Henry. Ce projet pourrait surprendre, notamment de ce côté du monde, pour ceux qui sont peut-être plus familiers avec la lecture et la compréhension d’un penseur de l’Occident qu’avec les dites philosophies venues du côté du monde où le soleil (pour nous) se lève. Même si elles sont « à la mode », même si on feint parfois de les connaître et de les comprendre. Ce projet pourrait surprendre d’autant plus – mais on ne précisera pas ici pourquoi, il y faudrait une étude entière sans doute ! – que les incompréhensions du bouddhisme, de la pensée zen, de certaines religions hindoues sont aussi totales que celles qui concernent parfois la phénoménologie matérielle dont Michel Henry, penseur génial à nos yeux, non seulement de notre temps mais plus profondément encore de notre condition la plus fondamentale, fut le fondateur dès le mi-temps du XX° siècle. A cause même de cela on pourrait dire que les unes et l’autre ne sont pas aussi étrangères qu’il semblerait à un premier regard même averti des unes et de l’autre, précisément. C’est ce que Roland Vaschalde, dans une quinzaine de textes montre et démontre avec – et c’est souvent une sorte de tour de force – une simplicité, une évidence totales en même temps qu’avec une grande culture, une formidable connaissance tant de l’Orient que de Michel Henry dont il fut l’élève et l’ami, parfois le confident intellectuel.

statuette-bouddha-maigre-300x199 éditions Orizons

Lorsqu’on n’est pas féru de textes venus de l’Orient on se passionnera de toute façon pour ce livre. Parce qu’il les fait découvrir avec ce que l’on peut bien, sinon comprendre, au moins ressentir, comme une grande pertinence. On se passionnera pour ce livre, si l’on est convaincu que la philosophie de Michel Henry constitue une pensée considérable d’intelligence pour les hommes que nous sommes, nous qui vivons et qui n’avons de cette vie précisément, le plus souvent dans notre culture, dans nos savoirs, qu’une conception erronée. On se passionnera pour ce livre parce que, de la phénoménologie de la vie il dit, là aussi de façon simple, totalement pertinente, quelque chose qui aurait du être prononcé depuis longtemps par les commentateurs (pourtant souvent extrêmement avertis) de Michel Henry, qu’une philosophie de l’immanence qui se dit dualiste serait contradictoire si « l’idée de dualité, dans ce cas, n’avait pas une valeur tout à fait spéciale lorsqu’elle intervient pour caractériser les structures ultimes de l’être. Elle ne signifie plus alors… une dualité de deux termes à l’intérieur d’une même région ontologique, mais plutôt l’absence de toute dualité, car elle est ce qui rend possible l’expérience, qui est toujours une unité »[3]

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L’intérêt de ce livre est donc au moins double. Il est tout autant, en effet, celui de montrer que la vérité n’a besoin d’aucun savoir constitué  pour se dévoiler, qu’elle est ce dévoilement et qu’elle se confond avec ce qu’elle est précisément, son propre auto-dévoilement[4] que celui de rapprocher les analyses de Michel Henry avec quelques textes orientaux que le philosophe pourtant ignorait.

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[1] « A l’Orient de Michel Henry » par Roland Vaschalde éditions Orizons collection La main d’Athéna

[2] Michel Henry « De la phénoménologie », PUF.

[3] A l’Orient de Michel Henry p 91

[4] Ibid. p 101



La vie en marchant : Albert Camus lu par Paul Audi

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Dans son livre intitulé « Qui témoignera pour nous? Albert Camus face à lui-même » (éditions Verdier) Paul Audi écrit ces mots qui, à seuls, suffisent:

Quant à la solution que requiert le problème de la vie, comme aurait dit Wittgenstein,  [Camus] se refusait de plus en plus à croire qu’elle se présentait aux hommes au terme de la lutte qu’ils mènent pour atteindre les sommets.

« La vie, comme le mouvement, se prouve en marchant », écrira-t-il un jour [dans un article publié dans Combat le 15 novembre 1945]. Si bien que l’important est d’avancer – coûte que coûte – dans la résolution, la responsabilité et l’obstination »,

comme il l’ajoutait aussitôt.



Pourquoi la Poésie, avec Jérôme Thélot

 

 

 

Pourquoi la Poésie, avec Jérôme Thélot dans littérature resized2-300x208

Portrait de Joë Bousquet

« […] les mots du poème ne sont que très peu des représentations, ne réfèrent guère aux choses du monde, mais nomment les impressions intérieures. Si les poèmes semblent obscurs, c’est faute d’une sensibilité qui comprennent leurs mots non comme des renvois au dehors, mais comme des traces du dedans.

 

Cependant, il reste encore ceci, que le dehors lui-même – et c’est l’ultime révélation du travail du poème – n’a justement pas son essence au dehors. Au contraire, lire-entendre un poème est faire cette expérience abyssale de l’intériorité comme condition du monde réel.

S’il arrive que le poème donne à son lecteur le sentiment d’une incomparable beauté, c’est qu’il travaille son impression et la donne à elle-même comme l’origine du monde réel. »

 

C’est dans un livre essentiel que l’on trouve ces lignes.

Ce livre est signé de Jérôme Thélot et ii porte pour titre « Le travail vivant de la poésie » (Belles Lettres Encre Marine).

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Yves Bonnefoy

Un livre « essentiel » donc. Aux références multiples. Qui commencent par Joë Bousquet et qui vont de Baudelaire à Cédric Demangeot en passant par Baudelaire ou Bonnefoy pour ne citer qu’eux. Un livre qui s’appuie souvent sur la phénoménologie de Michel Henry dont il a été souvent question dans les articles de « L’Instant ». Mais aussi sur des notes d’Emile Benveniste.

Il avait déjà été question d’un livre de Jérôme Thélot ici-même, sa « Critique de la raison photographique » parue chez le même éditeur. Nous y avions trouvé, à tort ou à raison, parfois quelques choses à redire.

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Charles Baudelaire

Rien de tel ici où chaque développement conduit le lecteur au plus profond de lui-même. Et, c’est bien cela que l’on attend quand, dans le silence de sa propre lecture, nous nous retournons, d’une certaine façon, sur ce que nous sommes. En imaginant le monde. Là où le poème fait son travail. Au cœur de la vie.

 

Il faut ajouter enfin que Jérôme Thélot vient de publier encore plus récemment un petit essai étourdissant d’intelligence dont l’écriture est un tour de force : à la fois lumineuse, d’une maîtrise rigoureuse à chaque instant, à la fois poétique et comme musicale. Ce livre porte pour titre « Géricault, Le Radeau de la Méduse, le sublime et son double ». (Éditions Manucius)

radeau Bonnefoy

S’il y avait un prix du livre d’art (livre sur l’art et livre d’artiste) Jérôme Thélot devrait l’emporter. Mais il semble que notre temps ne soit guère à ces occupations. Et que lorsqu’il semble s’y intéresser il ne voit que ce qu’il voit et ne sait que trop rarement découvrir ce qui habite chacun d’entre-nous, ceci que nous ne voyons pas au premier regard, que beaucoup ne veulent surtout pas découvrir.

 

Ces deux livres donnent du bonheur. Parce qu’ils donnent à vivre, parce qu’ils donnent à espérer et à désirer.



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