La musique des souvenirs

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« Quand passe les nuages, quand le soleil s’efface, quand le temps change, c’est comme si le temps passait… au loin le ciel s’éclaire, au loin le ciel s’assombrit… »

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Dans un texte inédit, Alain Gerber, l’auteur de « Longueur du temps » qui paraît aux éditions Alter ego, écrit :

« … Dans cet art extravagant

Réservé à d’inconscients extralucides

Jouer une musique qui n’existe pas

Ce qu’on dit peut être aléatoire … »

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Ne doutons pas qu’il y ait là comme une sorte de manifeste dont ce dernier livre serait comme la réalisation, pleine d’extravagances, d’inconsciences visionnaires, de musiques irréelles et de hasards qui ne seraient que des formes abouties du destin.

Avec aujourd’hui bien plus de cinquante titres à son actif, avec des centaines d’émissions de radio sur France Musique et France Culture, Alain Gerber est à la fois un créateur prolixe et un inventeur fertile. Couronné depuis maintenant plusieurs décennies par de prestigieux prix littéraires (Interallié, Goncourt de la nouvelle, prix de la ville de Paris et bien d’autres encore).

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Tous ses livres jouent une certaine musique comme toutes ses émissions musicales nous donnaient à entendre, entremêlés avec de merveilleuses notes bleues, des textes, récits réels ou imaginaires qui nous en disaient davantage que nous ne nous y attendions chaque fois.

Pourtant, « Longueur du temps » est d’une autre nature. Il s’agit bien, ici, d’un texte singulier. Parce que si rien ne dit qu’il s’agit de « poésie » – pas plus l’auteur ne le reconnaît ; mais comme il ne le dénie pas non plus, il est assez clair que nous sommes dans la perplexité qui provient sans doute de cet aléatoire aussi inconscient qu’irréel – il y a bien là, dans la forme, dans l’apparence donc, quelque chose qui y fait penser : la typographie ne pouvant pour une fois peut-être pas nier totalement son rôle !

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Mais surtout, c’est que dans « Longueur du temps » c’est tout le temps passé qui surgit : non comme un retour, non comme quelques anecdotes dont le souvenir se ferait plus ou moins présent au fil de l’écriture qui ne serait alors qu’une façon de garder une trace, une sorte d’archéologie plus ou moins précise, plus ou moins juste, un auto-témoignage auquel on ne pourrait alors apporter qu’un crédit tout relatif à la confiance que l’on ferait à celui qui écrit et dont le lecteur ne saurait rien de la sincérité, de l’exactitude du propos.

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Ce qui vit dans ces lignes ce ne sont pas des faits ou des « événements » – ni ceux de l’enfance, ni ceux des séjours dans des pays étranges plutôt qu’étrangers, de l’Amérique à l’Afrique sans oublier le plus vieux des continents, ni ceux de l’âge d’homme, ni ceux des épreuves, des joies ou des douleurs, de celles que l’on dit ou de celles qui se cachent mais que l’on ressent et c’est cela l’essentiel – ce qui se vit dans ces lignes de façon primordiale c’est que le temps, celui qui passe, en fait ne passe jamais, jamais tout à fait. On peut ne voir dans une existence que la force ou même que la rage de vivre : il n’empêche, l’instant que nous vivons, dans toute son intensité est toujours plus fort, plus présent, plus réel. Parce qu’il n’est  fait que de ces rêves, des ces inconsciences, de ces extravagances dont nous parle Alain Gerber.

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Ce qui est sans doute le plus admirable dans « Longueur du temps », c’est que tout cela nous n’avons pas à le comprendre, parce qu’ici rien n’est démontré, pas même montré, mais que tout est donné, de façon absolue, « généreuse » pourrait-on dire sans doute. Parce que nous n’avons, avec la musique qui est au cœur de chaque phrase, de chaque image, dans chaque présence du passé, du temps retrouvé, qu’à nous laisser aller au fil des souvenirs du plus musicien des écrivains.

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Voici pourquoi « Longueur du temps » est un livre comme il n’en existe pas. Et que l’on découvre avec autant de surprises que d’émotions incessantes.

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« The way you look tonight » ou photographie, littérature et musique quand elles sont indissociables

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« The way you look tonight » c’est le titre d’un « tube » de Fred Astaire qu’il chante à Ginger Rogers dans le film « Sur les ailes de la danse ».

C’est une musique de Jerome Kern et des paroles de Dorothy Fields. C’est l’Oscar de la meilleure chanson originale en 1937.

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C’est l’origine d’intenses moments avec Billie Holiday, Peggy Lee, Ella Fitzgerald, Franck Sinatra, les Jazz Messengers.

C’est désormais le titre d’un superbe livre, d’un livre précieux à tous nos sens. Un livre doublement signé d’Alain Gerber pour le texte et du photographe Yves Dorison. Pour ce qui est bien plus que des illustrations et même bien davantage que des images comme semble le dire le titre de cette nouvelle page.

Les textes et les photographies sont indissociables. Non pas que l’on ne puisse les séparer. On pourrait même concevoir – ce qui serait un comble, mais ce qui serait tout à fait possible tant leurs puissances évocatrices, créatrices se suffisent sans doute – qu’ils pourraient constituer deux livres: photographies seules d’un côté, textes de l’autre: et notre bonheur serait entier.

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Textes et photographies pourtant ici s’entremêlent, s’enlacent, et constituent ainsi, comme au-delà de leurs apparences premières, un tout.

C’est là chose rare. On connaît les « légendes » qui nous disent plus ou moins ce que les images ne sauraient montrer ou signifier à elles seules, on connaît les photographies qui illustrent un texte, un livre.

Nous sommes ici au-delà de tout ça.

Au-delà ou en-deçà. Car sans doute c’est revenant à la source, par une sorte de retour amont et seulement ainsi que l’on peut réussir ce tour de force.

Quelle est alors la source qui peut permettre à quelques inventeurs d’être ainsi plus perpsicaces que d’autres?

Cela est peut-être bien un mystère et doit alors le rester… il suffit de se laisser emporter comme un amoureux par le regard qui, comme si c’était du fond de la nuit, l’éclaire et le fait vivre.

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Le lien ici vous permettra de commencer à entrer dans cet univers singulier et qui, pourtant, n’est fait que de partages et d’échanges. Indissociables.

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si vous souhaitez acquérir ce livre vous pouvez le faire (presque) d’un seul clic: http://fr.blurb.com/bookstore/detail/2077836

Il est sans doute inutile de préciser que les illustrations de l’article de ce blog ne sont pas d’Yves Dorison.

Mais il s’agit bien, avec le lien ci-dessous, de « The way you look tonight »:

http://www.musicme.com/Compilation/Cabu-Jazz-Masters—Une-Anthologie-1952—1955-0884463095595.html?play=03

Vous le trouverez ici, enregistré par Stan Getz.



« Je regarde la terre… » avec Philippe Jaccottet

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Je regarde la terre. Parfois pour une fleur épanouie dans une certaine lumière, pour un peu d’eau laissée par la pluie dans un champ, on dirait qu’elle s’ouvre et qu’elle nous dit : « Entre. »

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L’image cache le réel, distrait le regard, et quelques fois d’autant plus qu’elle est plus précise, plus séduisante pour l’un ou l’autre de nos sens et pour la rêverie… il faut seulement dire les choses, seulement les situer, seulement les laisser paraître. Mais quel mot, tout d’abord, dira la sorte de sons que j’écoute, que je n’ai même pas écoutés tout de suite, qui m’ont saisi alors que je marchais ?
Qu’est-ce donc que j’aurais voulu dire ? L’émotion (exaltante, purifiante, pénétrant au plus profond) d’entendre, me trouvant au-dessus d’une vaste étendue de terre, de bois, de roche et d’air, les voix d’oiseaux invisibles suspendues en divers points de cette étendue, dans la lumière. Il ne s’agit pas d’un exercice de poésie. Je voudrais comprendre cette espèce de parole. Après quoi (ou même sans l’avoir comprise, ce qui vaudrait peut-être mieux), je serais heureux de la faire rayonner ailleurs, plus loin. Je cherche des mots assez transparents pour ne pas l’offusquer. Je sais par expérience (mais le devinerais aussi bien sans cela) que j’ai touché maintenant cette immédiateté qui est aussi la plus profonde profondeur, cette fragilité qui est la force durable, cette beauté qui ne doit pas être différente de la vérité.

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Du plus visible, il faut aller maintenant vers le moins en moins visible, qui est aussi le plus révélateur et le plus vrai.
L’immédiat : c’est à cela décidément que je m’en tiens, comme à la seule leçon qui ait réussi, dans ma vie, à résister au doute, car ce qui me fut ainsi donné tout de suite n’a pas cessé de me revenir plus tard, non pas comme une répétition superflue, mais comme une insistance toujours aussi vive et décisive, comme une découverte chaque fois surprenante… Aucune vérité vivante ne peut se réduire à une formule… et l’on finit par penser que toues les choses essentielles ne peuvent être abordées qu’avec des détours, ou obliquement, presque à la dérobée. Elles-mêmes, d’une certaine façon, se dérobent toujours. Même qui sait ? à la mort.
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Ces paroles n’impliquent aucun commentaire.
Elles sont extraites d’un recueil du poète suisse Philippe Jaccottet, également traducteur d’Homère, Shakespeare, Gongora, Hölderlin, Rilke, Musil ou encore Ungaretti.
Ce recueil s’intitule « Paysages avec figures absentes » (Poésie/Gallimard)

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Lorand Gaspar avec Bill Evans

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Au moment où ces quelques mots sont écrits on pense particulièrement à l’immense pianiste de jazz que fut Bill Evans qui disparu le 15 septembre 1980. Il y a donc trente ans.

Qui connaît Bill Evans sait d’évidence que sa musique nous fait souvent, si ce n’est toujours (car rien de ce qu’a joué Bill Evans n’est médiocre), apercevoir ce que nous n’avions pas encore su imaginer.

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Ces propos devraient sans doute avoir place dans « l’autre » blog: www.notesdejazz.unblog.fr

 

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Mais la lecture du dernier recueil de poèmes de Lorand Gaspar « Derrière le dos de Dieu » (Gallimard) nous montre de façon si éblouissante, en tout cas si lumineuse, que la littérature et la musique sont proches, pour ne pas dire que l’une est aussi bien l’autre qu’il est apparu – naïvement sans doute – que l’on pouvait bien faire ce rapprochement:

Lorand Gaspar:

« Une musique faite seulement de ce rien qui respire entre contraires entre un battement du coeur et le battement d’une aile, la fin et l’infini. »

« Nous n’avons que cette musique – multitude blessante et joyeuse pour toucher le feu qui nous habite. »

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Bill Evans:

http://www.deezer.com/music/bill-evans/conversations-with-myself-223708?provider=website

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