Retour à Venise III: Elena Corner, la liberté et la connaissance

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(photographie M Arcens)

 Voici une histoire « édifiante », en dehors des « sentiers habituels » de « L’instant ».

Il n’est pas exclu que Venise ou d’autres lieux ou d’autres circonstances encore, n’en inspirent pas d’autres à venir…

Voici donc l’histoire d’Elena Corner.

 

A Venise, le palais Loredan (connu sous le nom de « Ca’ Loredan »), avant de prendre ce nom, appartint pendant longtemps à une branche de cette fameuse famille Corner qui donna quatre doges à la Sérénissime.

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(le palais Corner-Loredan est ici à gauche)

Entre ses murs naît le 15 juin 1646 Elena Lucrezia Corner Piscopia. Son père est procurateur à la basilique San Marco.

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(photographie M Arcens)

Giovanni Battista Corner Piscopia -c’est ainsi qu’il s’appelle- a fait un mariage d’amour. Avec une femme du peuple, Zanetta Boni. Ce qui est, à cette époque, un « scandale ». Surtout au regard de l’Eglise.

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Mais Giovanni Battista est un homme éclairé et volontaire. Son nom lui donne autorité.

Il n’est pas question que sa fille étudie la théologie. L’Eglise s’y refuse.

Alors, l’université de Padoue accueille Elena.

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Le 25 juin 1678 elle obtient le doctorat de philosophie. Cela se passe dans la cathédrale, « pleine à craquer ».

Avec sa dissertation sur Aristote elle est la première femme à recevoir un diplôme universitaire à cette époque.

Elena sait le grec, le latin, l’hébreu, le français, l’espagnol et, bien sûr l’italien. Elle est poète et musicienne. Elle en sait long en mathématique et aussi en astronomie.

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Elle est timide et très réservée.

Elle meurt peu après, le 27 juillet 1684.

Elle a trente-huit ans. Elle est bénédictine. Pour être à l’écart d’un monde qui n’est pas tout à fait le sien. Pour être « libre », dit-elle.

Le XVII° siècle n’est pas encore terminé.

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La liberté des femmes n’est pas, encore aujourd’hui, celle que l’on espère, même dans les pays qui se disent les plus « avancés. »

Il faut deux siècles et demi après la mort d’Elena pour qu’en France, les femmes puissent voter: pour qu’elles soient citoyennes de la République.

Celle de Venise est le premier État de la péninsule italienne à autoriser des leçons publiques d’algèbre et de mathématiques. Elle donnait des bourses aux étudiants méritants ou sans argent pour aller étudier à Paris ou dans d’autres grandes villes universitaires.

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Moins d’un siècle avant la disparition d’Elena, en 1609, Galilée est à Venise. Il monte sur le campanile. Il est accompagné du doge Leonardo Dona.

Il lui montre sa lunette. Il explique pourquoi la terre tourne.

A Rome, il se renie. Il n’oublie pas ce qui est arrivé à Giordano Bruno.

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La liberté et la connaissance qui en dépend et dont la liberté est elle-même le fruit ne sont jamais acquises.

Il en est ainsi chaque jour. Aujourd’hui aussi.

 



Henri Cartier-Bresson, un regard sur la vie: « la photographie absolue »

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(photographie H Cartier-Bresson)

Les photographies d’ Henri Cartier-Bresson manifestent à leur façon la vérité de l’instant.

Les quelques lignes qui suivent, plus ou moins « empruntées » au livre de Pierre Assouline, « Cartier-Bresson, l’oeil du siècle » (Folio Gallimard), sont une petite tentative pour évoquer ce qu’il y a dans la photographie, dans l’acte de photographier, et qui en fait un art à part entière.

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(Henri Cartier Bresson)

« Si on veut comprendre Henri Cartier-Bresson , il faut se défaire de la conception traditionnelle du temps et en intégrer une autre, parfois anachronique, où le calendrier des faits ne coïncide pas nécessairement avec celui des émotions. »

C’est ainsi que Pierre Assouline s’exprime.

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(photographie Martin Munkacsi)

Et Henri Cartier-Bresson lui, dit à sa façon:

« J’ai soudain compris que la photographie peut fixer l’éternité dans l’instant…Il y a dans cette image (à propos d’une photo de Martin Munkacsi -ci-dessus- publiée en 1931) une telle intensité, une telle spontanéité, une telle joie de vivre, une telle merveille qu’elle m’éblouit encore aujourd’hui. La perfection de la forme, le sens de la vie, un frémissement sans pareil…Je me suis dit Bon Dieu! on peut faire ça avec un appareil… »

Ce qu’il y a dans le temps de l’émotion ce n’est pas ce qu’il y a dans le temps décompté.

Le temps de l’émotion est celui de la vie. Le temps de la vie est celui de l’émotion.

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(photographie H Cartier-Bresson)

En ce sens que l’émotion n’est rien d’autre que la vie qui s’éprouve elle-même; en tant que cette vie n’est rien d’autre que l’épreuve d’elle-même. 

Et Pierre Assouline encore:

« Vivre l’instant présent, il n’y a que cela de valable. La vie est immédiate et fulgurante. L’actualité appartient déjà au passé. Tel est l’enseignement de son Leica. »

Henri Cartier-Bresson a ces mots dans son texte intitulé « L’instant décisif »:

 » La photographie est, pour moi, l’impulsion spontanée d’une attention visuelle perpétuelle, qui saisit l’instant et son éternité. Le dessin, lui, par sa graphologie élabore ce que notre conscience a saisi de cet instant. La photo est une action immédiate, le dessin une méditation. »

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(photographie H Cartier-Bresson)

La photographie n’est pas un médium. Mieux, davantage: elle est cet instant lui-même, dans lequel et par lequel tout arrive.

« Photographier devient ainsi une sorte d’absolu. Le résultat est secondaire. Seul le geste importe, et la tension jusqu’à l’apothéose. James Joyce en donne l’idée la plus juste à la dernière ligne…et dernière page de son « Ulysse »: « …et son coeur battait comme fou et oui j’ai dit oui je veux bien Oui. » (Pierre Assouline)

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(photographie H Cartier-Bresson)

Et à nouveau:

« Il devine qu’il a réussi un portrait lorsqu’il a capté non une expression ou une attitude, mais un silence intérieur. Quelque chose comme le vide installé entre l’instant et l’éternité. »

Pour que la photographie soit ce regard admirable, sans cesse étonnant, toujours étonné, foudroyé sans doute, ce regard sur la vie que nous propose Henri Cartier-Bresson il faut que tout se passe comme si la photographie était avant tout un regard de la vie. De la vie elle-même. Et, qu’ainsi elle soit, immédiatement, et donc hors de la temporalité, en dehors de ce temps qui s’écoule.

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(photographie H Cartier-Bresson)

Et plus encore qu’elle soit comme antérieure, c’est-à-dire fondamentalement première par rapport à ce temps tel qu’il nous apparaît le plus souvent.

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(photographie H Cartier-Bresson)

Comme le sont sans doute, toutes les créations artistiques.

Et c’est ainsi: « Une photo exceptionnelle relève du miracle, ou plutôt de la poésie. » 

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(photographie H Cartier-Bresson)

Et toujours: « Tout…invite à une méditation sur la part d’ineffable de cette étrange activité humaine qui a partie liée avec le temps et avec la mort…L’instant décisif…apparaît comme une rencontre fulgurante entre la réalité et la ligne de mire issue des rêves de pureté que nous portons en nous depuis l’enfance et que nous projetons sur elle.

Sans un certain état de grâce, Cartier-Bresson ne serait pas Cartier-Bresson. » (Pierre Assouline)

La photographie non plus. Quand elle se veut comme un art…

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(photographie H Cartier-Bresson)

PS: pour plus d’informations et de réflexion aussi à propos d’Henri Cartier-Bresson on peut aller directement, par l’un des liens du blog, sur le site de la fondation Henri Cartier-Bresson.

On peut, à propos d’un sujet connexe, se reporter à deux articles publiés dans ce blog:

* « Le temps invisible de la photographie » (publié le 10/09/2009)

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* « La danse et la photographie: esquisse d’une approche phénoménologique » (publié le 29/07/2009)

Dans une perspective différente, pourtant si proche, on pourra aussi lire le texte intitulé « Une photographie » (publié le 10/09/2009)



Tout voir?

stripteaseillustration10111w300.jpg    AVERTISSEMENT

Ce nouvel article nécessite un avertissement préalable: non parce qu’il serait interdit aux pudibonds ou aux moins de dix-huit ans. Il nécessite cet avertissement parce qu’il s’agit d’un article classé (compte tenu en particulier de son mode de rédaction, mais bien sûr aussi en raison de sa  démarche même) dans la catégorie « philosophie » (mais aussi « société » et « danse »). Mais, surtout, parce qu’il  constitue une approche phénoménologique d’une caractéristique de notre temps (qui n’est pas la (seule) pratique du strip-tease ou du « dénuement » plus ou moins pornographique, que l’on se « rassure »: si besoin est!) mais qui est celle de devoir « tout voir », tout dire, ne rien cacher. Ce que l’on appelle du nom absurde de « transparence ». Souvent pour mieux pouvoir dissimuler, au demeurant…

Cela mérite donc avertissement que d’aller ainsi à contre-courant de ce qui se pratique quotidiennement.

Cet article a été rédigé par mon ami Roland Vaschalde, philosophe, spécialiste de l’oeuvre de Michel Henry, auteur du site de la Société internationale Michel-Henry (voir le lien dans la barre de menu) et auteur de nombreux articles sur la phénoménologie de ce philosophe qui fut davantage que notre professeur à l’Université Paul-Valéry de Montpellier.

Ici, il s’interroge de façon extrêmement pertinente sur notre propension à tout voir, jusqu’au nu intégral qui parsème la publicité et bien d’autres « actes publics ».

Avant de laisser ce texte s’ouvrir à ses lecteurs, il me semble qu’un autre avertissement est nécessaire qui serait aussi celui-ci: « Tout voir? » s’interroge Roland Vaschalde à juste titre; mais cela ne veut pas dire non plus qu’il faille dissimuler. Et précisément, le corps s’est assez caché au cours de l’histoire pour qu’il soit dévoilé, pour qu’il soit surtout affirmé, pour qu’il danse sans doute, comme auraient pu le dire Nietzsche ou Deleuze. Ne faisons donc pas ce contresens. Le corps est nu. Ce qui exclut exhibition et voyeurisme…

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 une danseuse du ballet Angelin Preljocaj

 

« Tout voir »,le texte de Roland Vaschalde est ici        Tout voir?   dans danse pdf

 

 

 



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