En apparence ou la nudité du monde

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En apparence

Elle danse, là-bas sur l’herbe fraîche du jardin.

Elle danse ici, sur les feuilles légères, devant sa maison.

Elle boit seulement le souffle du vin. Et jamais à la coupe.

Dans mon rêve je ne la vois pas, mais je la suis : un papillon vole au-dessus de son épaule.

 

Les mots maintenant, sont emportés par le vent.

Sur l’impossible nuage toute ma certitude est bâtie. Tel est mon désir, ma volonté : je pâlis au seul nom de cette ville oubliée.

Dans l’inclémence de l’hiver une lumière m’aperçoit au fond de mon regard.

Elle danse et elle m’inonde, elle te remplit et déborde aussi.

Tout ceci n’est qu’un rêve. Mais je suis ce rêve, endormi, éveillé.

J’ai à vous dire cette merveille qui est merveille : dont nul ne se moque. Sauf dans ce monde peut-être.

« J’irai bien, elle et moi, dans une île de la mer… »,

Pour épitaphe commune, ces quelques mots dérobés aux larmes du sommeil.

Les yeux fermés je vois désormais comme la nudité du monde et l’innocence de tes larmes.

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Avec  WB Yeats



La musique des souvenirs

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« Quand passe les nuages, quand le soleil s’efface, quand le temps change, c’est comme si le temps passait… au loin le ciel s’éclaire, au loin le ciel s’assombrit… »

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Dans un texte inédit, Alain Gerber, l’auteur de « Longueur du temps » qui paraît aux éditions Alter ego, écrit :

« … Dans cet art extravagant

Réservé à d’inconscients extralucides

Jouer une musique qui n’existe pas

Ce qu’on dit peut être aléatoire … »

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Ne doutons pas qu’il y ait là comme une sorte de manifeste dont ce dernier livre serait comme la réalisation, pleine d’extravagances, d’inconsciences visionnaires, de musiques irréelles et de hasards qui ne seraient que des formes abouties du destin.

Avec aujourd’hui bien plus de cinquante titres à son actif, avec des centaines d’émissions de radio sur France Musique et France Culture, Alain Gerber est à la fois un créateur prolixe et un inventeur fertile. Couronné depuis maintenant plusieurs décennies par de prestigieux prix littéraires (Interallié, Goncourt de la nouvelle, prix de la ville de Paris et bien d’autres encore).

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Tous ses livres jouent une certaine musique comme toutes ses émissions musicales nous donnaient à entendre, entremêlés avec de merveilleuses notes bleues, des textes, récits réels ou imaginaires qui nous en disaient davantage que nous ne nous y attendions chaque fois.

Pourtant, « Longueur du temps » est d’une autre nature. Il s’agit bien, ici, d’un texte singulier. Parce que si rien ne dit qu’il s’agit de « poésie » – pas plus l’auteur ne le reconnaît ; mais comme il ne le dénie pas non plus, il est assez clair que nous sommes dans la perplexité qui provient sans doute de cet aléatoire aussi inconscient qu’irréel – il y a bien là, dans la forme, dans l’apparence donc, quelque chose qui y fait penser : la typographie ne pouvant pour une fois peut-être pas nier totalement son rôle !

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Mais surtout, c’est que dans « Longueur du temps » c’est tout le temps passé qui surgit : non comme un retour, non comme quelques anecdotes dont le souvenir se ferait plus ou moins présent au fil de l’écriture qui ne serait alors qu’une façon de garder une trace, une sorte d’archéologie plus ou moins précise, plus ou moins juste, un auto-témoignage auquel on ne pourrait alors apporter qu’un crédit tout relatif à la confiance que l’on ferait à celui qui écrit et dont le lecteur ne saurait rien de la sincérité, de l’exactitude du propos.

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Ce qui vit dans ces lignes ce ne sont pas des faits ou des « événements » – ni ceux de l’enfance, ni ceux des séjours dans des pays étranges plutôt qu’étrangers, de l’Amérique à l’Afrique sans oublier le plus vieux des continents, ni ceux de l’âge d’homme, ni ceux des épreuves, des joies ou des douleurs, de celles que l’on dit ou de celles qui se cachent mais que l’on ressent et c’est cela l’essentiel – ce qui se vit dans ces lignes de façon primordiale c’est que le temps, celui qui passe, en fait ne passe jamais, jamais tout à fait. On peut ne voir dans une existence que la force ou même que la rage de vivre : il n’empêche, l’instant que nous vivons, dans toute son intensité est toujours plus fort, plus présent, plus réel. Parce qu’il n’est  fait que de ces rêves, des ces inconsciences, de ces extravagances dont nous parle Alain Gerber.

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Ce qui est sans doute le plus admirable dans « Longueur du temps », c’est que tout cela nous n’avons pas à le comprendre, parce qu’ici rien n’est démontré, pas même montré, mais que tout est donné, de façon absolue, « généreuse » pourrait-on dire sans doute. Parce que nous n’avons, avec la musique qui est au cœur de chaque phrase, de chaque image, dans chaque présence du passé, du temps retrouvé, qu’à nous laisser aller au fil des souvenirs du plus musicien des écrivains.

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Voici pourquoi « Longueur du temps » est un livre comme il n’en existe pas. Et que l’on découvre avec autant de surprises que d’émotions incessantes.

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Ces choses que je voulais dire… (James Sallis et Bessie Smith)

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Il est des mots qui semblent, parfois, n’avoir nul besoin de commentaires: c’est quand ils se suffisent à eux-mêmes, quand ils disent ce qui fait la souffrance, la douleur, la joie, la vie…

Ceux-ci sont extraits d’un roman que l’on dit policier dont l’auteur est James Sallis. La musique est celle de Bessie Smith.

 

« …

- Je vais d’abord rattraper le sommeil en retard. Ensuite, je verrai.

- Bon, alors je ne t’appellerai pas. Au revoir.

Elle s’est penchée et a effleuré ma joue avec la sienne. Je me suis demandé comment ce serait sans elle. C’était un peu comme essayer d’imaginer le monde sans arbres ni nuages.

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J’ai versé du brandy dans un verre à thé, en fixant l’œil rouge et clignotant du répondeur. J’ai mis Bessie Smith et mon corps s’est balancé au rythme de sa voix pleine de promesses : le blues du lit vide, les neuf jours de spleen, la maison pleine de fantômes, la soif et la faim. Chaque note, chaque mot, semblait arraché, avec la plus grande difficulté, du plus profond de moi-même. 

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Un peu plus tard, allongé auprès d’elle, je voulais lui demander de ne pas me quitter, de ne pas repartir. Je voulais lui dire que les moments passés avec elle étaient les meilleurs que j’eusse connus, qu’à travers elle, je me sentais rattaché à l’humanité, au monde dans son ensemble, comme jamais auparavant ; qu’elle m’avait sauvé la vie, que je l’aimais. Il y en avait tant, des choses que je voulais lui dire et n’avais jamais dites, ne lui dirais jamais. » (1)

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 (1) James Sallis « Le Faucheux » (Folio policier/Gallimard) (1)

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Ce texte est un montage constitué dans le désordre d’extraits du livre cité.

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(James Sallis)

La musique de Bessie, impératrice du blues, est ici:

http://www.musicme.com/Bessie-Smith/albums/Bessie-Sings-The-Jazz-3700368423578.html?play=10

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(Bessie Smith)



« The way you look tonight » ou photographie, littérature et musique quand elles sont indissociables

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« The way you look tonight » c’est le titre d’un « tube » de Fred Astaire qu’il chante à Ginger Rogers dans le film « Sur les ailes de la danse ».

C’est une musique de Jerome Kern et des paroles de Dorothy Fields. C’est l’Oscar de la meilleure chanson originale en 1937.

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C’est l’origine d’intenses moments avec Billie Holiday, Peggy Lee, Ella Fitzgerald, Franck Sinatra, les Jazz Messengers.

C’est désormais le titre d’un superbe livre, d’un livre précieux à tous nos sens. Un livre doublement signé d’Alain Gerber pour le texte et du photographe Yves Dorison. Pour ce qui est bien plus que des illustrations et même bien davantage que des images comme semble le dire le titre de cette nouvelle page.

Les textes et les photographies sont indissociables. Non pas que l’on ne puisse les séparer. On pourrait même concevoir – ce qui serait un comble, mais ce qui serait tout à fait possible tant leurs puissances évocatrices, créatrices se suffisent sans doute – qu’ils pourraient constituer deux livres: photographies seules d’un côté, textes de l’autre: et notre bonheur serait entier.

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Textes et photographies pourtant ici s’entremêlent, s’enlacent, et constituent ainsi, comme au-delà de leurs apparences premières, un tout.

C’est là chose rare. On connaît les « légendes » qui nous disent plus ou moins ce que les images ne sauraient montrer ou signifier à elles seules, on connaît les photographies qui illustrent un texte, un livre.

Nous sommes ici au-delà de tout ça.

Au-delà ou en-deçà. Car sans doute c’est revenant à la source, par une sorte de retour amont et seulement ainsi que l’on peut réussir ce tour de force.

Quelle est alors la source qui peut permettre à quelques inventeurs d’être ainsi plus perpsicaces que d’autres?

Cela est peut-être bien un mystère et doit alors le rester… il suffit de se laisser emporter comme un amoureux par le regard qui, comme si c’était du fond de la nuit, l’éclaire et le fait vivre.

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Le lien ici vous permettra de commencer à entrer dans cet univers singulier et qui, pourtant, n’est fait que de partages et d’échanges. Indissociables.

thewayyoulooktonight.pdf

si vous souhaitez acquérir ce livre vous pouvez le faire (presque) d’un seul clic: http://fr.blurb.com/bookstore/detail/2077836

Il est sans doute inutile de préciser que les illustrations de l’article de ce blog ne sont pas d’Yves Dorison.

Mais il s’agit bien, avec le lien ci-dessous, de « The way you look tonight »:

http://www.musicme.com/Compilation/Cabu-Jazz-Masters—Une-Anthologie-1952—1955-0884463095595.html?play=03

Vous le trouverez ici, enregistré par Stan Getz.



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